Conférence avec 'Ingénieurs Sans frontières
- Savoie'
12 décembre 2018
Retour d’expérience de 3 missions polaires
Université Savoir Mont Blanc, Technolac
Peter GALLINELLI - chef de mission
Frédéric GILLET - coordinateur scientifique
Habitat passif en conditions extrêmes, Pollution arctique,
microplastiques
Peter et Frédéric sur la scène
(photo Mathieu)
Evènements
en novembre (19 novembre 2018)
Team PolarQuest 2018 à la Société
Géographie d’Italie à Rome
Société Géographique d'Italie,
Rome, Mardi 27 Novembre 2018
Résultats scientifiques et perspectives géographiques.
Le
programme
Musée d'aviation Vigna di Valle, Rome, Mercredi
28 Novembre 2018
Workshop historico-scientifique à l'occasion du 90ème
anniversaire de l'expédition Nobile au Pôle Nord.
Le passive igloo se propose comme support logistique, camp
de base et laboratoire flottant à des étudiants
et chercheurs motivés par un intérêt pour
la recherche dans les régions arctiques, que ce soit
lors de séjours scientifiques à des endroits
autrement inaccessibles, en navigation lors des convoyages
ou durant l'hiver pendant lequel le bateau est stationnaire,
pris dans la glace.
Visite de lieux autrement inatteignables, un
support logistique idéal pour la recherche arctique
(photo Alain Berthoud)
L'inventaires des projets scientifiques réalisés
depuis 2015 est désormais disponible sur cette page...
Wintercamp
à Fjordcamp (29 octobre 2018)
La saison touche à sa fin. Nanuq attend de nouveaux
projets à venir. Si vous avez envie de rejoindre l'aventure,
contactez-nous > contact...
Au terme d'une brève navigation automnale, Nanuq a
gagné son camp d'hiver dans les éblouissantes
Vesteralen, non loin des îles Lofoten. La première
glace recouvre les fjords, le ciel est clair et si le soleil
bas réchauffe encore à midi, les nuits sont
croustillantes avec des températures avoisinant les
-10°C.
Lever de lune au dessus des sommets fraîchement
enneigés (photo Peter Gallinelli)
Nous sommes chaleureusement accueillis à Fjordcamp
où notre place est réservée pour passer
l'hiver. Le site est bien organisé avec des cabanes
confortables et douches chaudes. L'accueil est très
chaleureux. Nous sommes étonnés de ne voir aucun
visiteur en cette saison de changement si extraordinaire.
Fjordcamp vu depuis la colline qui surplombe
le fjord (photo Peter Gallinelli)
Après cinq jours de calme et soleil, il neige. Nanuq
attendra les aventures et projets de la saison prochaine.
Il compte sur vous!
Nanuq rangé et amarré pour l'hiver
à fjordcamp.no (photo Peter Gallinelli)
en savoir plus ...
A bientôt, Peter
Le 'passive
igloo', explications (08 octobre 2018)
Images: Peter Gallinelli, Kalle Schmidt, Dorothée
Adam Réalisation: Dorothée Adam
Un modèle
3D pour Virgohamna (24 septembre 2018)
Le modèle 3D du site historique de Virgohamna vient
d'être publié par Gianluca Casagrande, géographe
de l'expédition. Réalisà à l'aide
de survols de drone et d'un logiciel de restitution en 3D
dédié, ces images en haute résolution
donnent un aperçu détaillé du site aujourd'hui
protégé et dont l'accès est strictement
réglementé.
Restes des expéditions polaires Andrée
et Wellman (image Gianluca Gasagrande)
En haut à droite on reconnait le hangar de l'expédition
du ballon de S.A. Andrée, construit à l'occasion
de sa tentative fatale de survol du pôle en montgolfière
en 1896-97. Les restes au centre sont celles du hangar de
dirigeable construit, mais jamais achevé par Walter
E. Wellman en 1906. Ce lieu, aujourd'hui redevenu calme et
sauvage au nord-ouest de l'archipel du Svalbard etait jadis
le tremplin de la conquête du pôle.
Photos d'archive de l'expédition Andrée
Des publications sont en préparation. Un fichier kmz
peut être obtenu sur demande à l'auteur au GREAL.
CERN
photo exhibition (21 septembre 2018)
Accès visiteurs au site du CERN sur inscription @
polarquest2018.org
Semaine
du développement durable hepia (20 septembre
2018)
De retour d'expédition en Arctique, l'occasion se
présente de partager les observations réalisées
sur Nanuq à la lisière de la banquise arctique
et de sensibiliser à une problématique environnementale
majeure. Durant une semaine dédiée au développement
durable un atelier d'étudiants s'est intéressé
aux microplastiques. Ci-dessous une installation réalisée
par les étudiants à partir de déchets
collectés à l'occasion d'une campagne d'observation
et de nettoyage sur les berges du Rhône: le problème
n’a pas de frontières!
Photo Peter Gallinelli
PCBs
Arctiques à l'ICCE (18 septembre 2018)
Durant les expéditions 'Nanuq' (Passive Igloo Project
en 2015 et 2016 au Groenland, au Groenland et en Islande en
2017 et Polarquest 2018 au Spitzberg en 2018) les polychlorobiphényles
(PCB)
ont été échantillonnés dans l'atmosphère
et dans l'océan pour le compte du LCME
de l'université Savoie Mont-Blanc.
L'analyse en laboratoire de ces molécules captés
dans des absorbeurs passifs a permis de déterminer
les concentrations de PCB gazeux dans l'air et de PCB dissous
dans l'eau de mer, puis de déterminer leurs modes de
diffusion. Cest travaux ont été présentés
à la 16ème conférence internationale
sur la chimie et l'environnement à Oslo, ICCE
2017.
Invité à l’EPF de Zurich au Status Seminar
2018, le Passive Igloo clôture deux journées
de conférences et de débats ayant comme thème
central la résilience ... Augmenter la capacité
d’adaptation et de développement du parc immobilier
suisse.
La conférence s’adresse aux spécialistes
de l’industrie, aux bureaux d’ingénieurs
et d’architectes ainsi qu’aux chercheurs et aux
autorités. Durant les deux jours pendant lesquels se
déroule l’événement, des informations
sur l’avancement de la recherche à ce propos
seront présentées. De plus, des exemples de
la pratique seront évoqués pour faire état
des problématiques et expériences auxquels les
professionnels sur le terrain sont confrontés.
Le 20ème séminaire sur l’état
de la recherche a lieu les 6 et 7 septembre 2018 à
l’EPF de Zurich.
2018
étape 15 - Mer de Barents (1er septembre 2018)
Dessin Mathilde Gallinelli-Gonzalez
Fin d’une étape importante et du projet PolarQuest2018.
La circumnavigation de l’archipel est bouclée
avec succès. Durant ces trois semaines Nanuq a été
un véritable laboratoire itinérant, emportant
personnes et matériels, allant à la recherche
du microscopique (rayons cosmiques) au macroscopique (relevés
géo- et hydrographiques), dans la tradition ancestrale
de découverte du monde. Il reste encore beaucoup à
découvrir.
Retour de Nanuq à Longyearbyen: 66% d'équipage,
33% de bateau, 1% de chance (photo Ludovico Machet)
Une escale technique et changement d'équipage à
Longyearbyen et nous voici repartis, pour le Sud, définitivement.
Pour la seconde fois cette saison, nous mouillons notre ancre
dans les fonds de Hornsund, le magnifique. Nous passons la
brève nuit qui a fait son retour au pied d’un
front de glace. Nous resterions encore une semaine à
explorer les fonds du fjord, ses glaciers, ses montagnes vertigineuses
et interdites, sa faune… mais la fin de l’été
s’annonce et la prévision d’une météo
favorable est une occasion à ne pas manquer. Nous disons
‘au-revoir’; à quand ? comment ?
Hornsund, glacier en train de vêler (photo François
Tamone)
La glace fond; comme presque à chaque visite d'un front
de glace, celui-ci est en retrait par rapport aux cartes nautiques.
Notre route est indiquée en rouge (extrait carte électronique
du Svalbard)
La traversée de 350 milles qui nous sépare
de la Norvège offre la possibilité d’une
escale sur Bjornoya, l’île aux ours. Après
un début de traversée par calme plat, le vent
s’installe pour monter en brise, puis en vent frais.
Avec une mer agitée par une houle croisée, les
moins aguerris ne tardent pas à se retirer en attendant
l’escale de l’île que nous atteignons le
lendemain. Sorhavn s’avère relativement bien
protégé et d’une sauvagerie absolue.
L’attente de la nuit sera payante ; au réveil,
le ciel bas, venteux et pluvieux a laissé la place
à un soleil radieux qui nous laisse découvrir
le décor sous un jour nouveau, spectaculaire. La pointe
sud est vertigineuse, battue par la mer. La découverte
d’une épave laisse imaginer cette cote fascinante
et inhospitalière par gros temps. Ce n’est pas
un endroit pour les hommes.
L’île aux ours - Bjornoya (photo François
Tamone)
Nous laissons l'île dans notre sillage, cap au Sud,
pour le Kapp Nord, distant de 220 milles. Au départ
calme, le vent va progressivement monter en force pour s’établir
en vent frais (6 Bft) du SSE, exactement de là où
nous voulons aller. Nous tirons un grand bord. Nanuq taille
sa route dans une mer formée sous foc et grand-voile
arrisée. Ce n’est pas confortable, mais nous
faisons une route formidable. Un jour plus tard, la côte
est en vue et en fin de journée nous mouillons notre
ancre à Tufjord, non loin du ‘sommet’ de
l’Europe. Quel plaisir de retrouver le calme après
les journées de houle, juste à temps avant la
nuit qui est de retour, 5° plus au Sud.
Contrastant avec le climat arctique du Svalbard, nous retrouvons
la douceur d’un été indien splendide.
Nous sommes chaleureusement accueillis par les habitants de
ce ‘bout de monde’, une belle manière de
renouer avec la civilisation. Des journées radieuses
alternent avec un ciel bas et pluvieux qui enveloppe les fjords
et montagnes dans un voile mystérieux. Avec des étapes
courtes, de nombreuses visites terrestres, des mouillages
faciles, il s’installe un véritable air de vacances.
Aurore boréale et lune pleine au-dessus de Nanuq (photo
François Tamone)
Et avec le retour de la nuit les conditions sont réunies
pour observer les premières aurores boréales.
Nous sommes gratifiés d’un des spectacles les
plus extraordinaires.
A présent, 3500 milles et trois étapes après
notre départ d'Islande, Tromsö approche à
grands pas, et avec Tromsö la fin du voyage. Personne
à bord n’a vraiment envie de quitter ce bout
de paradis...
Norvège : verdure et douceur après l'arctique
(photo François Tamone)
2018
Etape 14 - Le Sud (22 août 2018)
Dessin Mathilde Gallinelli-Gonzalez
Nanuq taille sa route. Pour la première fois depuis
2 semaines le soleil fait son apparition, sublimant le paysage
glaciaire et alpin de la côte sud-est du Spitzberg.
Nous arrachons l’ancre d’Isbukta, cap au Sud pour
les derniers milles avant de remonter vers Longyearbyen. Toutes
voiles dehors, Nanuq marche à 10 nœuds, une aubaine
après trop de milles parcourues au moteur, faute de
vents. C’est à ce moment que nous recevons l’appel
de Albedo, deux suédois embarqués sur une minuscule
barque pour une circumnavigation à la seule force de
leurs bras. Nous les accueillons, épuisés mais
heureux, à bord de Nanuq et prenons leur embarcation
en remorque.
Parfaitement dans les temps, nous profitons des derniers
jours pour visiter le spectaculaire Hornsund, rendre visite
aux chercheurs de la station polonaise où nous échangeons
sur nos projets avant de continuer vers la fin d’étape
à Longyearbyen. Le retour à la civilisation
se fera par Pyramiden, ville minière fantôme,
témoin de l’époque russe, témoin
d’une époque révolue.
Famille d’ours heureuse dans Hornsundet
(photo Peter Gallinelli)
L’expédition PolarQuest2018 touche à
son terme. Nous avons engrangé des téraoctets
de données, des prélèvements uniques,
des observations, des images… Tout part dans les laboratoires
pour analyse et servira au documentaire qu’il s’agit
à présent d'assembler. Nanuq a été
fabuleux, les conditions idéales.
Les appareils et équipements sont débarqués,
le nouvel équipage nous attend pour la suite. Les préparatifs
sont frénétiques en vue de préparer le
bateau pour la suite. La route sera encore longue et les dépressions
de l’automne s’annoncent déjà …
2018
Etape 14 - La côte interdite (19 août
2018)
Le coup de vent n’est plus d’actualité,
au moins à en croire les fichiers GRIB, prévision
météo brute que nous obtenons par l’intermédiaire
de notre modem satellite. Cependant, il ne fait pas bon trainer
dans les parages et nous enchainons les 150 milles qui nous
séparent du Freemansundet, détroit qui sépare
Barents- et Edgeoya et permet l’accès au plus
grand fjord de l’archipel. Le mouillage à l’entrée
Ouest deviendra une attente contre les éléments.
Durant la nuit, le coup de vent souffle de toute sa force.
Le gréement siffle et Nanuq tire des bords au mouillage.
Mais l’ancre tient bon, malgré les rafales à
50 noeuds. Le lendemain le vent tombe et nous repartons, cap
sur Inglefield bugta, sur la côte Est du Spitzberg.
Capture modèle 3D du survol de InIglefieldbreen
(source Gianluca Casagrande)
Après une semaine sans toucher terre, nous avons
envie de dégourdir nos jambes et de partir à
l’exploration terrestre. Nous resterons frustrés
car le sol en dégel se dérobe littéralement
sous nos pieds. Constitué d’une boue glaciaire
épaisse, ce terrain n’est praticable qu’en
hiver. Nous rendons néanmoins visite à la cabane
et la station météo. Les traces d’ours
et de renne sont abondantes et nous constatons leur curiosité,
preuve en sont les nombreuses traces de pattes boueuses sur
les murs ! Retour à bord après une brève
visite qui nous coûte plus de temps en nettoyage de
nos affaires couvertes de boue collante que de marche.
Le lendemain nous passons la matinée à suivre
et à survoler le front de glace pour en établir
un modèle en 3D pour les besoins de la société
géographique italienne. Mission accomplie : cap au
Sud.
2018
Etape 14 - Austfonna (16 août 2018)
Nanuq taille sa route vers le sud et des latitudes plus
clémentes. Nous laissons dans notre sillage le formidable
front glaciaire d’Austfonna, qui constitue avec ses
200km de longueur le plus long front de l’hémisphère
nord. D’un côté la mer, de l’autre
la glace, à perte de vue. Nous longeons le front aussi
près que l’autorise une distance de sécurité
raisonnable. A tout moment un mur de glace haut comme un immeuble
peut s’écrouler dans la mer. Et c’est ce
qui se produira sous nos yeux, faisant découvrir pendant
un instant la monumentale partie invisible de l’iceberg.
Nous nous trouvons une fois de plus immergé dans un
univers totalement différent, irréel, qui obéit
à ses propres lois et règles, ne permet aucun
faux pas.
Nanuq ouvre la route sur fond de Austfonna
(photo Mike Struik)
Encore hier soir, à seulement quelques heures de
navigation plus au nord, nous étions mouillés
au pied de Storoya, la grande île, presque entièrement
couverte d’une calotte glaciaire parfaite, irréelle.
Notre sortie à terre aurait pu finir en déjeuner
pour ours si Mathilde n’avait pas repéré
une masse blanche affalée sur la plage, non loin de
notre lieu de débarquement prévu. Caché
au ras du sol, le maître des lieux nous avait vu venir
de loin et s’était fait discret, à peine
visible ; un tronc d’arbre ou objet flotté ?
Non, cet objet semble vivant. Pour en avoir le cœur net
nos lançons une fusée explosive. Sans hâte,
Nanoq se redresse dans toute sa splendeur, baille, s’étire
et nous fait comprendre qui est le maître sur place.
Du coup, la recherche de la bouée océanographique
que nous sommes venus récupérer se trouve compromise.
Un survol en drone permettra toutefois de constater que l’objet
recherché ne se trouve plus à la place de son
dernier signal GPS. Nous rentrons fatigués, bredouilles.
Nous arrachons aussitôt notre ancre du fond rocheux.
Il n’offre que peu de tenue et le secteur avec ses nombreux
hauts fonds non cartographiés est un véritable
champ de mines.
2018
Etape 14 - La route du Nord (15 août 2018)
L'archipel du Spitzberg, appelé le Svalbard par le
Norvégiens, est un ensemble d'îles et de hauts-fonds
qui s'étalent sur un territoire grand comme l'Angeterre,
situé à mi-chemin entre la Norvège et
le Pôle Nord. L'île principale est le Spitzberg,
suivie par Nordaustlandet, le territoire du Nord-Est, beaucoup
plus Arctique, couvert en majeure partie par une immense calote
glaciaire. Autant les côtes Ouest sont accessibles et
accueillantes, autant l'Est est sauvage, glaciaire, interdit.
C'est aussi le territoire des ours.
Nous voici à 82° de latitude Nord. Presque facile,
car les conditions sont exceptionellement bonnes, tout au
plus une brume épaisse et givrante qui réduit
la visibilité à néant et fait tomber
des morceaux de glace sur le pont quand la quantité
accumulé dans le gréement devient trop épaisse.
Depuis un moment notre girouette et anémomètre
sont bloqués. Soudain, un banc de glace barre la route.
Nous touchons la latitude ultime pouvant être atteinte
en voilier cette année en ce début d'août,
à 120 milles au nord du Spitzberg, à seulement
480 milles du pôle nord.
Ce sera le ‘sommet’ de l’expédition
de cet été. Et comme la plupart des sommets,
il n’y a pas grand-chose à voir. Le somment est
plutôt un prétexte qui ouvre un espace-temps
propice au développement d’une aventure. Et c’est
bien ce que nous vivons depuis que nous avons largué
les amarres d’Islande, 2000 milles plus tôt.
Depuis le départ de Longyearbyen, la ‘capitale’
agitée de la côte Ouest, nous n’avons vécu
qu’un jour. Les variations jour/nuit ne sont que minimes
et font oublier que les horaires existent. Tout au plus le
roulement des quarts de veille nous rappellent que le temps
passe. Aujourd’hui, 10ème jour depuis Longyearbyen,
nous avons complétement perdu la notion du temps. Impossible
de dire quelle heure nous sommes et encore moins quel jour.
Ny-Alesund aussi semble très loin. Pourtant nous
y avons passé deux jours à finir la réparation
de la dérive endommagée à l’occasion
d’un talonnage, mais aussi de commémorer le 90ème
anniversaire du crash du dirigeable Italia en présence
des descendants, cérémonie solennelle au pied
du monument aux explorateurs, réitérée
sur le site même du crash en 1928, en pleine mer perdue
au milieu de nulle part, en comité réduit de
l’équipage de Nanuq.
90° anniversario della spedizione artica
del dirigibile ITALIA (1928) (photo Mike Struik)
La couronne sera déposée en pleine mer, sur
le site du crash une semaine plus tard.
Ny-Alesund est aussi l’occasion de nous faire de nouveaux
amis parmi les chercheurs de la base scientifique. Frédéric
repart en avion après une expédition couronnée
de succès pour installer le capteur de PCB pour le
compte du LCME à l'Université de Savoie.
Frédéric Gillet en train de
déployer le capteur passif pour doser les PCB atmosphériques,
loin de la pollution de la civilisation (photo Alwin Courcy)
Car cette année Nanuq est un laboratoire flottant,
lourdement chargé d’instruments de pointe dont
le fonctionnement ne permet aucune approximation : détecteur
de rayonnements cosmiques, manta et filtres pour des microplastiques,
absorbeurs passifs pour des PCB, drones et caméras
thermiques pour des relevés topographiques, sonar bathymétrique
pour des relevés de profondeur, mais aussi une tentative
symbolique de retrouver l’épave de dirigeable
perdu. Il faudra faire preuve de patience et de créativité
pour les mettre en œuvre dans des conditions très
éloignées du laboratoire stable et spacieux.
Les premières analyses sont prometteuses, malgré
les limites de conception des appareils ; nous les dépassons
systématiquement : latitude, froid, autonomie…
Nos partenaires scientifiques, saison 2018
Seulement Nanuq et son équipage sont pleinement dans
leur élément. Les mots d’ordre sont autonomie
et savoir-faire, quoi qu’il advienne, optimisme aussi.
La route est encore longue et il s’agit de ne pas sous-estimer
les dangers qui se présenteront en route. Souvent la
‘descente’ est plus périlleuse que l’ascension
et c’est là que les accidents se produisent.
Si notre route suit encore le sillage de la dérive
de Nobile et et l'équipage du dirigeable suite au crash
sur la banquise après le survol du pôle voici
90 ans et les expéditions de secours consécutives,
Nanuq pointe à présent son étrave vers
le sud. Le long de la côte Est du Svalbard nous attendent
la recherche d’une bouée scientifique échouée
sur Storoya, la plus orientale avant Kvitoya, avant de longer
l’immense front de glace de Austfonna et enfin Edgeoya
pour chercher un abri en attendant le coup de vent annoncé
dans trois jours.
2018
Etape 13 - Bienvenue au Svalbard (2 août 2018)
Dessin Mathilde Gallinelli-Gonzalez
Après une traversée de 1000 milles sous un
stratus alternant avec des bancs de brume, le Spitzberg se
dévoile sous nos yeux. En guise de bienvenue nous sommes
accompagnés par des bélougas en entrant dans
le fjord embrumé de Recherchefjorden, un accueil magique
qui sera brutalement interrompu par le raclement de notre
dérive tribord sur le fond. Le temps de battre en arrière
et nous voici échoués. Eloigné de notre
route vers le fond du fjord, il nous faudra faire preuve de
patience jusqu’à la marée suivante. Nous
profitons de l’interlude imprévu par un temps
calme et parfait dans un site d’une beauté unique,
entouré de montagnes et de glaciers … pour inspecter
la quille, démonter la dérive endommagée
et nous reposer autant que possible à bord de notre
bateau de plus en plus gité à la basse mer.
Heureusement Nanuq est conçu pour ce type de contretemps.
Echouage dans Bellsund (photo Mike Struik)
Bélougas dans Recherchefjorden.(extrait
vidéo Safiria Buono)
Une fois libérés par un dernier coup de gite
provoqué en tirant sur une drisse par la puissante
annexe, nous repartons découvrir la côte sud-ouest
du Spitzberg, sa solitude sauvage, ses traces des temps de
chasse à la baleine et ses mines de charbon dont témoignent
les derniers avant-postes de civilisation industrielle tels
que les villes russes de Barentsburg ou Pyramiden. Si le charbon
permet d’alimenter ces villes en énergie fossile
et facile, elles sentent aussi le vent tourner et s’orientent
vers le tourisme arctique, un business fleurissant. Retenons
les brasseries artisanales locales qui nous gratifient d’une
mousse désaltérante et très estivale,
malgré les 5°C de température ambiante.
Le moral est au beau fixe ! Mais aussi des pontons modernes
et propres qui exigent des taxes d'amarrage qui n'ont rien
à envier aux tarifs continentaux. Les temps ont changé
depuis notre dernière visite en 2004.
Nanuq à Barentsburg, actuellement la
ville fait peau neuve (photo Mike Struik)
Longyearbyen sera l’escale d’un changement d’équipage
et le début du projet PolarQuest2018. 1001 derniers
préparatifs, avitaillements, rendez-vous, piscine,
hamburger, bruit, bagages égarés et rencontres
pour le moins insolites, sinon passionnantes, collage de la
dérive endommagée... Nous larguons les amarres,
heureux de laisser derrière nous la vie trépidante
de la civilisation.
2018
Etape 13 - C'est parti (27 juillet 2018)
Aujourd'hui est le 5ème jour de notre traversée
vers le Spitzberg, globalement avec des vents modérés
portants. Une certaine routine s'est installée à
bord. L'absence de nuit et le fait que le bateau vit sur 24/24
heures nous fait progressivement oublier nos repères
terrestres.
Carte générale, expédition
2018: 13 convoyage, 14 PolarQuest2018, 15 convoyage. Fond
NASA bluemarble
Après d'intenses préparatifs, nous voici enfin
partis d'Isafjordur, véritable camp de base, qui nous
a accueilli pour l'hiver et la préparation du voyage
de cet été. Comme toujours, il y a 1001 choses
à régler, organiser, préparer, installer,
avitailler. Souvent plus de la moitié d'une expédition
se joue avant le départ.
Carénage et nouvelle hélice,
peau neuve pour Nanuq à Isafjordur. Photo Mike Struik
Un carénage devenu indispensable pour retirer la couche
de coquillages qui s'est développée au fil des
mois d'immobilité durant le long hiver, une nouvelle
peinture, changement d'hélice, installation de sondes
et la mise au point du nouveau pilote ... nous occupent de
7h du matin à tard dans la nuit, qui heureusement n'arrive
que par définition, car il fait jour 24 heures sur
24.
Parti sur les chapeaux des roues d'Islande, un arrêt
imprévu sur les côtes du Groenland au sud de
Scoresby Sund 250 milles plus au nord nous permet de dégourdir
nos jambes. Jan Mayen attendra une autre fois. Nombreuses
sont les traces d'ours. Nous ne sommes pas seuls, mais le
lieu est vierge de toute trace d'homme. Le cadre est superbement
alpin. Une fraîcheur tonique nous accueille. La brise
qui descend des immenses glaciers respire l'odeur caractéristique
de la neige encore présente jusqu'au au niveau de la
mer. Cependant, la banquise qui d'habitude ceinture la côte
est quasiment absente et les restes de glaces en débâcle
à 80 milles des côtes entravent à peine
notre progression.
Nanuq au mouillage au Groenland, lors d'une
brève escale. Photo Mike Struik
C'est un plaisir sans cesse renouvelé de découvrir
les premiers icebergs de la saison. A présent l'eau
est chaude, +7°C. Malgré la visibilité par
moments réduite, la chance de voir d'autres colosses
de glace durant la traversée est proche de zéro.
Bref, la voie est libre pour l'atterrissage sur le Svalbard
d'ici 1-2 jours, pour autant que les vents continuent à
souffler. Nanuq est dans son élément et file
à bonne allure, poussée par une petite brise
portante.
Nanuq près d'un iceberg au large de
la côte orientale du Groenland (photo Mike Struik)
La nuit n'est plus qu'un lointain souvenir, et même
s'il est masqué par une brume persistante, le soleil
ne se couche jamais.
Hauteur du soleil au fil de la journée
du 27 juin à 74° de latitude nord. Extrait application
twilight