Nanuq
2016
Photo Peter
Gallinelli |
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Nanuq 2016 : de Qaanaaq à Maniitsoq - Groenland
Post scriptum
(20 septembre 2016)
Europe ... nous redécouvrons
une flore luxuriante et la douceur humide de l'atmosphère
des régions tempérées; nos prélèvements
ont trouvé le chemin de leurs laboratoires respectifs
et nous sommes en train de dépouiller les données
du 'passive igloo'.
Avec la distance la vie que nous avons menée durant
une année nous semble de plus en plus relever du rêve
le plus audacieux. Il s'agit sans doute d'une parenthèse
passée dans un des endroits habités les plus
sauvages de notre planête. Mais: là où
vivent des hommes, la vie est possible. Et pour y avoir vécu
nous pouvons affirmer qu'il en est ainsi.
Chacun a retrouvé sa place au sein du monde turbulent
de la civilisation qui court, qui court... tandis que la certitude
d'un autre monde continue à vibrer dans nos coeurs,
là où le caribou court en liberté, le
phoque se prélasse au soleil, l'homme fête le
présent, ici et maintenant.
Photo: Le Groenland, pays vert au sens propre (photo Peter
Gallinelli)
La longue route
(25 août 2016)
Longue fut la descente qui devait ramener Nanuq et son équipage
vers le monde des hommes. Nous ne sommes pas peu fiers d'avoir
rallié Nuuk contre vents et courants qui remontent
la côte en sens opposé ... sans moteur, une avarie
sur l'arbre d'hélice rendant notre propulsion mécanique
inutilisable. C'est comme si le Nord nous tendait tentations
et proférait menaces pour nous empêcher de repartir.
Oui, des fois le chemin de l'aller est plus facile que le
retour. Mais, souvent les choses ne sont pas intéressantes
parce qu'elles sont faciles, mais précisément
parce qu'elles ne le sont pas...

Route au Sud - un calme absolu: le temps
semble figé (photo Peter Gallinelli)
Notre admiration pour les navigateurs de jadis qui s'aventuraient
dans ces eaux à la seule force du vent et des bras
n'est que d'autant plus grande: nous prenons la pleine mesure
de la difficulté de navigation dans une région
où les cartes sont incertaines, les mouillages rares,
le brouillard et la glace fréquents et les conditions
de vents éloignés de l'idéal pour un
voilier. Encore heureux que notre bateau soit confortable
et bon marcheur, même par petit temps et surtout depuis
que nous avons enlevé l'hélice devenu un fardeau
inutile. Pour déhaler nos 20 tonnes en l'absence de
vent il nous reste la maigre poussée de l'annexe.

Adieu avec notre famille d'adoption
à Siorapaluk - Nanucs Cove, vide (gare aux hauts fonds
au milieu!) (photos Peter Gallinelli)
Cependant, la lenteur ne compromet ni notre progression
ni notre optimisme, mais nous rapproche encore d'avantage
des éléments. Les rencontres sont toujours aussi
chaleureuses et les paysages somptueux, même si le brouillard
est particulièrement tenace cette année ce qui
s'explique par la température de l'eau exceptionnellement
chaude, à plus de 10°C là où elle
devrait approcher le zéro! La glace fond rapidement
et nous ne rencontrons que peu d'icebergs en route.

La petite baie au pied du village aujourd'hui
abandonnée de Moriusaq, 76°45'03N 69°50'55W
(photo Peter Gallinelli)
Siorapaluq, Moriussaq, Kuvdlorssuaq, Upernavik, Umanaq, Qeqertarssuaq,
Ilulissat, Aasiaat, Sisimiut ... les noms connus défilent
et déjà l'été arctique touche
à sa fin. Les ombres s'allongent et les premiers coups
de vent marquent le tournant. Avec le retour de la nuit nous
sommes gratifiés de belles aurores et redécouvrons
les étoiles.

Upernavik Isfjord : nous naviguons sur
la terre ... certains glaciers on reculé d'une dizaine
de km (photos Alice Robson)
Nanuq est à présent préparé
pour passer son 3ème hiver dans le nord et la glace.
Cette fois-ci seul. Déjà la toundra se colore
de rouge, d'orange et de jaunes vifs. L'heure de nous envoler
pour retrouver les nôtres est arrivé. A l'année
prochaine!
Groenland, pays
des merveilles (10 septembre 2016)
... ou les impressions d'une navigatrice en herbe:

Baie de Umanak, Nanuq, été
2016 (photo Alice Robson)
Le Groenland. Sauvage. Une terre de glace et d’une
beauté profonde. L’été arctique
avec 24 heures de soleil. La tranquillité. La
solitude. Il y a des mers, des montagnes, des lacs,
des rivières, des icebergs, des glaciers. Il
n'y a que nous dans ce grand paysage. Je vois des icebergs
pour la première fois, j’apprends leurs
bruits, leur art, leur dynamique. Le tonnerre des icebergs
qui se brisent n'est jamais loin. Le tintement et le
pétillement des bulles d'air dans la glace qui
fond est partout. Quand les icebergs se cassent, ils
roulent, tournent et dansent, en cherchant un nouvel
équilibre, et créent des motifs nouveaux
et merveilleux, des lignes, des formes, presque impossibles
par leur exotisme et leur finesse. Ou bien, soudainement,
ils se cassent, et laissent un fleuve de particules
de glace à la surface. Alain, homme d'imagination
et de vision, voit des animaux, des oiseaux, des dragons,
des poissons, des baleines, des bateaux, des châteaux
forts et plus autour de nous. Les icebergs vont des
plus petits aux plus gigantesques, des plus grégaires
aux plus solitaires. Sur le bateau, il est nécessaire
d'éviter les glaçons qui sont plus grands
qu'un potiron de bonne taille – suffisants pour
couler un bateau à voile normal. La coque du
Nanuq est construite en aluminium spécialement
pour l'arctique. On entend le frottement caractéristique
de la glace qui frappe le long des flancs du bateau
quand on dort.
Naviguer avec le soleil pendant un quart en pleine
nuit est un nouveau plaisir. Plus au sud, et lorsqu’on
s’approche de l’automne, la nuit n’est
plus “quand le soleil est au nord” mais
devient le temps où le soleil touche légèrement
l’horizon dans un baiser courbé. Bientôt,
le soleil se couchera, et il y aura l’aube et
le crépuscule. Le soleil se déplace toujours
horizontalement et non verticalement. Le changement
est rapide; au moment où nous sommes partis du
Groenland, il y a déjà 5 heures de crépuscule.
Nous naviguons au sud, le long des fjords. De temps
en temps, il y a un petit village ou un petit groupe
de maisons, niché sur la rive avec ses maisons
en bois de couleurs vives et de style Scandinave. Parmi
elles, il y a le supermarché qui doit fournir
toutes les provisions nécessaires pour les longs
hivers. Autour des maisons, on peut voir les poissons
qui sèchent et la viande de phoque. Les chiens
de traineau dorment à l’extérieur
des maisons avec leurs jeunes chiots qui courent librement.
Il n’y a ni voiture ni route. Pour se déplacer,
on utilise le bateau: la plupart sont de petits bateaux
de pêcheur, ouverts au ciel, avec un moteur hors-bord
énorme et puissant et assez d’espace pour
les 5 ou 6 membres de la famille. Les locaux sont amicaux,
accueillants et curieux. Ils nous invitent pour le “
Kaffemik", une fête de village (de 40 habitants)
qui célèbre le premier jour de l’école
pour le fils (de 6 ans) de notre hôte. On essaie
le caribou, le flétan cru, le bœuf musqué,
le lièvre arctique, le gras et la viande de baleine.
Alain est invité à essayer une spécialité:
mettre un morceau de graisse de Caribou cru dans son
café - et avaler. Puis, c’est à
eux de nous rendre visite sur le bateau, manger du chocolat
et repartir chez eux avec des sachets de thé
en guise de trophées.
Au Groenland, il y a moins d’animaux sauvages
que j’avais imaginé. Les oiseaux de mer
sont moins nombreux que sur les côtes du Royaume-Uni.
A terre, il y a de temps en temps un lièvre arctique,
un ptarmigan, ou un renard arctique (on ne voit jamais
de Caribou). On voit régulièrement des
phoques qui sont toujours à la surface de l’eau.
Parfois, on voit des baleines. Ces moments rares et
précieux, nous apprennent l’humilité.
Les énormes et rapides Rorquals qui sont proches
du bateau; les baleines à bosse qui mangent et
plongent ensemble près de la glace. De l'autre
côté de la baie, les grandes jets de vapeur
des baleines qui voyagent. On ne peut pas les manquer.
Finalement, on comprend mieux les mots “Tha’
she blows!”.
Le Groenland est une terre de questions et de contrastes.
Il est en même temps ancien et nouveau, vide et
plein, désolé et abondant, nu et couvert,
rude et délicieux. Les couleurs sont subtiles
et discrètes et aussi profondément vibrantes.
Une petite herbe verte sur les rochers sombres semble
plus verte que le jardin à la maison. Il y a
des poches brillantes de fleurs arctiques sur la toundra
rase. Les baies qu’on peut récolter. Sur
les pierres, des mousses et des lichens craquent sous
le pied. Le temps paraît avoir une mesure différente.
Quel âge a la glace des icebergs? Depuis combien
de temps, la glace a-t-elle sculpté cette terre
nouvellement émergée ? On navigue à
voile à travers ce qui était autrefois
un glacier et qui est maintenant un fjord, complet avec
ses iles. La glace se retire si vite que les cartes
ne suivent pas. Nouveau, ancien, lent, rapide, le début
et la fin. Ici, il est facile d’imaginer les origines
de nos ancêtres et de nos mondes modernes. Ici,
il n’y a pas d’illusion d’échelle
ni d’importance. Dans cette nature, on est minuscule
et dans un état d'émerveillement.
Plus
de photos par Alice ... (lien externe)
A.R.
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Qaanaaq - le retour
(11 juillet 2016)
Nous voici, mouillés une fois de plus devant la Qaanaaq
(Nouvelle Thulé) frémissante. Nous sommes prêts
pour la saison de voile à venir et attendons notre
premier équipage. Espérons un accès Internet
pour publier les news. A partir de maintenant, cap au Sud
- une drôle d'impression.

Glace en débâcle au moment
du départ de Nanuq's Cove il y a 10 jours. Une ancre
à glace et les winchs pour nous frayer un passage...
(photo Peter Gallinelli)
Bye, takussagut!
Mouillages Groenland
Côte Ouest (25 juin 2016)
Avis aux amateurs de navigations boréales : vous trouverez
une nouvelle page qui regroupe des informations concernant
quelques mouillages que nous avons pratiqués - et aimés.
Suivez ce lien...

Mooring West of the abandoned village
of Qeqertarsuaq; view to te West (photo Kalle Schmidt)
Bon vent!
Carte postale 06 (10 juin 2016)
cliquez pour zoomer |
Juin 2016 : débâcle à
'Nanuq's Cove'
Toutes les cartes postales ... ici |
Passive
Igloo - bilan (20 juin 2016)
Nous sommes au mois de juin. Les changements sont quotidiens.
Les températures, proches de 0°C nous paraissent
désormais estivales. Selon les habitués, l'été
a trois semaines d'avance. Peu à peu notre vaisseau
se transforme de 'illu' - l'iglou, la maison - en 'umiaq',
le bateau et voilier hauturier pour nous ramener chez nous.

Nanuq, échoué sur une
plage pour inspection des oeuvres vives - avec nos amis à
Qeqertat (photos Peter Gallinelli)
L'hiver est derrière nous. Nous dressons un
premier bilan du 'passive igloo project', laboratoire
d'habitat autonome et écologique. Et à
ce titre, l'initiative est déjà un succès:
elle montre qu'il est possible de créer de
l'habitat quasi autarcique sur le plan de l'approvisionnement
en énergie tout en restant simple et abordable
et ceci même pour les climats les plus froids.
S'il reste des détails à améliorer,
il y en a toujours (!), nous avons surtout été
surpris par l'absence quasi totale de vent, notre
principale source d'énergie durant la nuit
arctique. Cet imprévu a montré que quand
un système se suffit de très peu pour
fonctionner il est intrinsèquement résilient;
ainsi nous avons pu continuer en passant au plan B
à peu de frais.
Plus que des stratégies, nous avons pu expérimenter
dans le détail le fonctionnement en conditions
réelles de chaque sous-système. Et à
tour de rôle chaque système a été
poussé dans ses derniers retranchements.
L'expédition a été un laboratoire
en milieu hostile ne permettant aucun faux pas. Par
moments l'engagement était total et exigeait
une grande fiabilité des systèmes. Les
seuls à être parfaitement fiables ont
été les systèmes passifs, à
commencer par l'isolation. Si l'approvisionnement
en énergie est important, des mesures d'efficacité
le sont encore plus.
Enfin, cette expédition a été
menée avec un budget serré. Cette contrainte
était garante contre toute forme de délire
technologique. Les systèmes sont payables,
amortissables et rentables.
Il est gratifiant quand la pratique confirme la théorie.
Et il est instructif quand les deux divergent. Ainsi,
il est essentiel de confronter les idées à
la réalité. La science prend naissance
lorsque les idées rejoignent l’expérience.
Quand les deux sont réunis, ils procurent la
connaissance du réel.
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Comparaison de consommation de différents
habitats au Groenland du nord pour un hiver : 1 fût
= 200 litres de fioul, en rouge pour le chauffage (hors
eau chaude), en jaune pour l'électricité.
:
a) maison 'traditionnelle' d'importation danoise (ossature
bois contre-plaqué)
b) maison d'essai performante (madrier type chalet)
c) cabanon ancien (bois contre-plaqué léger)
d) passive igloo (plan B)
Les familles sont nombreuses et les maisons petites:
30m² est la surface habitable pour 2-3 occupants.
e) ci-dessous la consommation d'une maison construite
selon les standards en vigueur en Suisse (SIA), y compris
la surface habitable habituellement allouée,
posée à Thulé : effrayant.

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Design With Climate
(10 juin 2016)
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Design With Climate est un outil d'aide
à la conception qualitatif. Il évalue
en quelques clics 12 stratégies d'hiver et 7
stratégies d'été en fonction des
données climatiques horaires d'une station donnée.
La méthode est basée sur des travaux
théoriques de B.Givoni et M.Milne. L'adaptation
aux climats froids et arctiques et le développement
informatique on été faits durant la longue
nuit polaire dans le contexte du 'passive igloo project'.
Il est gratuit et peut être téléchargé
ici... |
Rêve
et réalité (30 mai 2016)
Voici un photomontage fait à la va-vite en 2012 ...

Le passive igloo project -
esquisse de projet 2012 (Peter Gallinelli)
... et une photo en situation réelle, à la
sortie de l'hiver, en 2016: étonnant!

Le véritable passive igloo
- fin de l'hiver, Nanuq Groenland 2016 (photo Peter Gallinelli)
Q (Frédéric) : Faut-il être fou pour
monter un projet comme celui-là?
Quand on a un rêve, il faut être fou pour
ne pas essayer de le réaliser, même si celui-ci
apparait hors de portée.
Q: Comment est née l'idée de ce projet?
Par l'envie de faire converger mes intérêts
professionnels - je suis chercheur en thermique du bâtiment
et enseigne la durabilité dans l'architecture - et
ma passion pour la mer et les régions arctiques. Il
y a longtemps j'ai fait un rêve où je passais
un hiver à bord d'un voilier jaune, pris dans les glaces
du passage du nord-ouest, en vivant de riz et de pain complet...
Q: Dans un tel projet y a-t-il des obstacles? Comment faire
pour les surmonter?
De monter un projet d'une telle envergure n'était
pas une mince affaire. Il y a eu des obstacles financiers
et de temps et il a fallu de la volonté, de la persévérence
et de la patience. J'ai fait beaucoup de mes mains et j'ai
été soutenu par ma famille et des amis qui ont
beaucoup contribué au succès du projet. Le soutien
de nos partenaires était également précieux.
C'est très important, car construire un bateau et monter
un tel projet prend des années. D'être entouré
est important quand la tâche est difficile. Mais ce
sont aussi des opportunités de partage exceptionnelles.
Enfin, c'est comme quand on gravit une montagne: souvent il
faut penser seulement au prochain pas, et le faire bien.
Q: S'il y avait un message à faire passer, ce serait
quoi?
J'aime beaucoup cette citation de Philippe Châtel
qui dit 'Faites que le rêve dévore votre vie
afin que la vie ne dévore pas votre rêve.' Il
est important d'être à l'écoute de ses
rêves. Ce sont les rêves qui font avancer le monde.
D'autres appellent ça l'espoir... Ce n'est pas forcément
le chemin facile. Mais sommes-nous là pour ne faire
que ce qui est facile?
Interview avec Frédéric et Peter à l'occasion
d'un séjour scientifique au mois de mai.
Trucs intéressants
(10 mai 2016)
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Qu'est-ce que l'arctique, météo,
navigation dans la glace, biblioraphie et bien plus: mise
à jour, suivez ce lien... |
Carte postale 05 (07 mai, 2016)
cliquez pour zoomer |
Mai 2016 : soleil de minuit à
'Nanuq's Cove'
Toutes les cartes postales ... ici |
Neige, enfin
(5 mai 2016)


Tourmente de neige printanière
à Nanuq's Cove (photo Peter Gallinelli)
Le soleil ne se couche plus. Le jour est continu. Nous avons
l'impression de vivre sur une autre planète. L'arctique
est si différente, si particulière. Les conditions
climatiques sont en mutation permanente. Chaque jour apporte
son lot de nouvelles. Le vent du sud chaud et humide nous
gratifie des premières températures positives
depuis le mois de septembre ... et des tonnes de neige fraîche,
plus qu'il n'en est tombé depuis le début de
l'hiver. L'épaisse couche de neige pose lourdement
sur la banquise et fait remonter l'eau au-dessus de la glace.
La marche au village est épuisante et prend deux fois
plus de temps que d'habitude. Même nos chiens peinent
en s'enfonçant jusqu'au ventre.

Nanuq sous la neige fraîche de
printemps (photos Peter Gallinelli)
En face de Qaanaaq la débâcle a commencée.
Siorapaluk est déjà libre de glace. La glace
à 'Land's End'[1] a disparue ... 2016 s'annonce déjà
comme une année de chaleur record.
Nous avons commencé à préparer notre
navire pour les changements à venir et libéré
le pont de l'épaisse couche de neige qui nous a servi
de couverture protectrice supplémentaire durant les
rigueurs de l'hiver. Bien que la température oscille
entre -5°C et -15°C, le soleil chauffe les surfaces
exposées, spécialement l'aluminium qui est un
bon absorbeur. Nous nous sommes débarrassés
de nos habits d'hiver, devenus trop chauds. A midi nous pouvons
travailler en plein air habillé de collants et d'un
T-shirt.

1h du matin : déblayage du pont
de Nanuq après un hiver long et froid (photo Peter
Gallinelli)

1h du matin : déblayage du pont
de Nanuq : en pleine action (photo Peter Gallinelli)
Déjà nous apercevons les premiers oiseaux migrateurs
et entendons leurs cris exotiques. Les rochers exposés
au soleil s'échauffent, faisant fondre la neige qui
les recouvre. La végétation encore recouverte
de neige a entendu le signal et commence à pousser
en vue de profiter au maximum de l'été arctique
qui sera court, mais intense.
C'est aussi la saison touristique. Chaque semaine des visiteurs
d'un pays différent viennent à notre rencontre,
a ski ou en traineau. Au total trois groupes de cinq... nous
apprécions les visites qui nous permettent de partager
notre aventure autour d'une tasse de thé chaud. La
question récurrente est "... et vous ne vous ennuyez
jamais?".
Il a fallu du temps pour achever les préparatifs et
finir d'installer le bateau pour l'hiver. Ce qui nous a occupé
pendant la période d'embâcle. Mais depuis que
notre camp est bien installé et tout 'roule', y compris
les travaux scientifiques, nous profitons du temps pour laisser
libre cours à nos idées, intérêts,
rêves ou la convivialité ... ce n'est pas pour
rien que les groenlandais appellent l'hiver un 'temps de société'.
Nos journées sont riches de développements,
idées, réflexions, projets, lectures, écriture,
création... en offrant le temps nécessaire à
l'acomplissement de chaque chose. C'est aussi un temps de
découverte et d'écoute de notre environnement,
des autres et de nous-mêmes et l'apprentissage de prendre
les choses comme elles viennent. L'ennui ne fait pas parti
de ce monde.
Nos visiteurs repartent avec l'envie de revenir.
Pendant ce temps, nous avons commencé notre culture
de graines germés. Nous redécouvrons le goût
exquis de la verdure fraîche. Bien sûr ce n'est
que symbolique. Mais pour nous ça signifie beaucoup.
Twilight calcule désormais soleil, lune, crépuscules
et énergie. Une façon de célébrer
le jour et le soleil si indispensable à la vie et la
lune qui par ses cycles anime le monde. Pour nous, vivant
en pleine nature, les cycles naturels ont pris une importance
centrale.

Soleil et lune pour le mois de mai 2016
(capture 'Twilight')

Visibilité de la lune à
Nanuq's Cove pour le mois de mai 2016 (capture 'Twilight')
Une page lui est dédiée: suivez ce lien...
A quand la débâcle? Ce sera notre dernier défi
majeur. A suivre.
Bai- takussagut.
Peter & crew
[1] nom inofficiel que nous donnons à la pointe ouest
de notre île, parcourue de courants de marée
vigoureux.
Carte postale 04 (28 avril
2016)
cliquez pour zoomer |
Avril 2016 : tourmente de neige de printemps
sur 'Nanuq's Cove' - 77°29.5'N 66°33.5'W
Toutes les cartes postales ... ici |
L'eau (20
avril 2016)


Printemps arctique (photo Peter Gallinelli)
Liquide
Si l'arctique est dominée par l'eau, elle se trouve
soit en phase solide ou est salée, impropre à
la consommation. Les cours d'eau douce sont rares: les précipitations
étant proches de zéro ou gelées. L''eau
liquide s'obtient par l'effort consenti à faire fondre
la glace ou en partant collecter de l'eau liquide sous l'épaisse
couche de glace d'un lac. Faut-il encore percer la glace dont
l'épaisseur atteint maintenant près de deux
mètres. Un travail physique malgré l'efficacité
de la tarière.
Ainsi approvisionner les 70 litres d'eau douce dont nous
avons besoin pour la semaine à deux prend deux bonnes
heures entre la marche, la préparation du trou et le
remplissage, qu'il fasse -10°C ou -40°C. Le confort
du robinet d'eau potable est bien lointain. Mais on a souvent
du mal à accorder de la valeur aux choses qui ne demandent
pas d'effort pour les obtenir.

Forage de 2 mètres de glace vive
pour chercher de l'eau douce au lac (photos Barbara Gallinelli)
Les groenlandais préfèrent faire fondre la
glace prélevée sur un iceberg, la plus pure,
plurimilénaire. Elle est mise à fondre dans
un fût posé dans la maison chauffée. Et
d'eau on en consomme des quantités impressionnantes:
la perte par respiration de l'air froid, donc extrêmement
sec, est importante. En revanche l'eau de lavage provient
des lacs. Dans les habitations du nord on ne trouve ni eau
courante, ni canalisations. Ces systèmes beaucoup trop
fragiles sont réservées à la ville. Le
froid n'autorise aucune panne des résistances électriques
qui les maintiennent hors gel...
Solide

Neige couverte de pierres précieuses,
photo volontairement sous-exposée pour faire ressortir
les couleurs (photo Peter Gallinelli)
La neige est tapissée de cristaux de glace si purs
que la lumière du soleil s'y reflète dans mille
couleurs. Nous avons l'impression de marcher sur un tapis
brodé de pierres précieuses. A y regarder de
près ce n'est pas qu'une impression. Quel est ce phénomène?
Gazeuse

Thé chaud et temps à bord
de Nanuq (photo Peter Gallinelli)
A l'image de la vapeur au-dessus d'une tasse de thé
chaud observée en contre-jour, le temps ici passe à
une vitesse différente, dictée non par des agendas,
plannings et emplois du temps débordants, mais par
les éléments, les rythmes naturels, le soleil,
la lune, les saisons, le ciel, la vie, nous. Dans deux jours
le soleil ne se couchera plus ... avant le 21 août.
Tout change dans la douceur des transitions progressives qui
sont le propre de cette région.
En route pour l'été
(5 avril 2016)


Ci-dessus, Camp Nanuq. Notre 'mouillage' inondé de
soleil.
Si officiellement l'hiver est terminé, un redoux printanier
n'est pas encore à l'ordre du jour. Cependant, comme
il est légion en arctique, le basculement de l'hiver
en été sera rapide et il est temps de penser
à l'agenda du retour. Au contraire d'une descente à
sens inverse d'une ascension, nous planifions une saison de
rencontres et de découvertes. Ainsi notre agenda se
précise, avec les incontournables inconnues dues à
la glace et au temps, si prépondérantes en arctique.
Imaqa, comme disent les Groenlandais, peut-être...
Imaqa est probablement le terme le plus utilisé
au Groenland. Imaqa, surtout quand on entreprend
un voyage. 'Quand partons-nous?' La réponse est le
plus souvent imaqa: demain, un autre jour... Le temps,
la glace, la nature omniprésente rendent cet imaqa
nécessaire. Que ce soit en traîneau à
chiens, bateau ou avion, c'est la nature qui aura toujours
le dernier mot. Car ici, dans le Grand Nord, les limites imposées
à l'homme sont tangibles; personne ne serait assez
fou pour les contester. Cependant, bien loin d'une contrainte,
nous les ressentons comme une aubaine, une chance de pouvoir
apréhender notre vraie place dans ce monde, de réaliser
qu'il n'y a pas de distinction entre l'homme et son environnement,
mais que nous en faisons intimement partie.

Critaux de glace sous toutes leurs formes,
formations géologiques étonnantes (photos Barbara
Gallinelli)
La vie en pleine nature nous offre un spectacle perpétuellement
renouvelé, chaque jour est différent, chaque
instant est unique. Tout se transforme y-compris nous-mêmes;
c'est le propre de la vie. Elle est partout et ce lien est
palpable à chaque respiration.
Ainsi nous ne composons pas, contre, malgré ou autour,
mais avec la nature, le mieux possible ... ce qu'un voilier
fait par excellence en nous mettant à l'affût
de la moindre brise, l'annonce d'un changement de temps, d'une
marée... Par ses limites physiques intransigeantes,
le voilier devient une belle école de sobriété
et de résilience où des maîtres mots sont
autonomie, gestion des ressources, cohabitation, adaptation,
responsabilité... des facultés rarement pratiqués
de façon aussi complète. Pour nous ce n'est
que le début d'un apprentissage, aussi d'une conquête,
mais c'est déjà énorme.
En attendant, de sa fonction de illu - iglou, la
maison - nous nous réjouissons que Nanuq redevienne
aussi un bateau. Nos pensées s'égarent de plus
en plus souvent à imaginer le retour, incontournable,
pour la rentrée académique où je reprendrai
mes charges d'enseignement et de recherche. Si imaqa
a toute sa place, malgré les inconnues, nous avons
jusqu'à présent toujours réussi à
honorer notre agenda. Par une planification méticuleuse,
en tirant le meilleur parti des conditions qui nous étaient
offertes et en laissant gande ouverte la porte à l'imprévisible.
Voici un aperçu de l'agenda été
2016. A suivre.
Printemps (30
mars 2016)
Nous fêtons Pâques. C'est l'équinoxe de
printemps. Sur le Pôle le soleil s'est levé et
la lumière nous parvient de l'autre coté du
monde, transporté par la vive réverbération
du couvert de glace et de neige. Nous redécouvrons
notre environnement sous une lumière
nouvelle. Si durant l'hiver nos pupilles s'étaient
dilatées au maximum, elles doivent réapprendre
à se rétrécir, même durant le sommeil.
Car bientôt le soleil ne se couchera plus et la nuit
n'est déjà plus que symbolique. A minuit un
crépuscule vif éclaire le ciel. Le basculement
est impressionnant. La lumière et la clarté
de l'air donnent l'impression que tout est à portée
de main. Et nous multiplions les excursions.
Si le thermomètre enregistre des températures
encore largement négatives, nous ne ressentons plus
le froid: notre appréciation intègre la lumière,
le soleil, l'acclimatation, et la perspective que les grands
froids relèvent du passé. Si le refroidissement
éolien, une approche subjective du ressentiment
de froid sur la peau nue du froid associé au vent,
nous avons introduisons le concept de réchauffement
solaire, qui pondère le bénéfice
d'un temps ensoleillé et calme, phénomène
que toute personne assise sur une terrasse ensoleillée
en altitude confirmera.

Arrivée à Nanuq's Cove
en traîneau. Sous la pression la glace se redresse à
Nanuq's Cove (photos Barbara Gallinelli)
Malgré les -20 à -30°C, c'est une fin d'hiver
exceptionnellement douce. L'autre jour, sur le chemin de retour
en traîneau deux de nos chiens ont traversé la
glace! C'est un passage fragile dans une zone de forts courants
de marée, Cette fragilité est exceptionnelle;
notre ami groenlandais qui conduisait la meute était
autant surpris que nous. Si une seule saison est insuffisante
pour conclure au réchauffement climatique, les habitants
sont amusés et en même temps affligés
quand un savant tente de les éclairer sur la question.
Les peuples premiers possèdent encore ce lien intime
avec leur environnement qui leur permet d'entendre ce que
les sens atrophiés du citadin sont incapables de ressentir.
Avec deux générations d'avance, ce sont les
premiers à avoir vu les signes d'une transformation
qui bouleverse les fragiles équilibres de l'arctique.

Nanuq, safrans relevés, à
l'abri de la glace tourmentée (extrait vidéo
Jakob Gallinelli)
A présent les fenêtres exposées au soleil
sont chaudes et contribuent au chauffage de la cabine. Nous
observons les premières gouttes d'eau de fonte qui
coulent le long des bordés ensoleillés de notre
bateau; l'aluminium brut est un excellent absorbeur solaire.
Toutefois, les rigueurs des éléments et les
potentielles complications sont loin d'être derrière
nous. Sous la forte compression de la glace notre bateau est
à présent plutôt posé sur la banquise
que prise dans la glace et seulement la quille reste encore
en contact avec l'eau. Une gite de 7° nous oblige à
ressortir nos tapis antidérapants pour empêcher
assiettes et verres de glisser de la table du carré.
Nous entretenons une tranchée sur un coté de
la coque pour diminuer la pression sur le système de
propulsion. Décidément, le sissa
nous réserve encore des surprises!
Pendant ce temps, le programme scientifique suit son cours.
Les installations quantifient le fonctionnement du passive
igloo, mesurent divers paramètres climatiques,
la banquise et les concentrations en HCB... pendant que nous
testons des équipements de respiration pour des sportifs
par grand froid. Il est gratifiant quand la pratique confirme
la théorie. Et il est instructif quand les deux divergent.
Ainsi, il est essentiel de confronter les idées à
la réalité. La science prend naissance lorsque
les idées rejoignent l’expérience. Quand
les deux sont réunis, ils procurent la connaissance
du réel.
Et à ce titre le passive igloo est un fantastique
laboratoire: l'exploration de nouveaux paradigmes devient
possible "en organisant des plages de temps libre, pour
penser et créer différemment, et en fournissant
des ressources et espaces pour expérimenter d'autres
techniques de vie permettant de créer des laboratoires
moins pollués par les interférences et les interactions
dynamiques" avec le système établi. "Un
autre paradigme est beaucoup plus réalisable si on
en fait l'expérience pratique." [Isabelle Fremeaux
et John Jordan, 'Les sentiers de l'utopie']
A suivre...
plus anciennes :
- Hiver : 77°30'
66°34W : équipage 2 : 3 mois
- Le retour du soleil (3 mars 2016)
- Crépuscule (3 mars 2016)
- Nouvelles de la banquise (22 février
2016)
- Seqineq : le soleil se lève (18 février
2016)
- Shisha (12 février 2016)
- Une formidable nouvelle (1er février
2016)
- Voyage à Qaanaaq (26 janvier
2016)
- Liste de mots groenlandais (22 janvier 2016)
- Bonne Année 2016 (15 janvier 2016
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