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 ETAPE 6 : 580 milles : équipage 6 : 10 jours

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Source fond : Atlas du Canada - La région circumpolaire Nord - atlas.gc.ca

Etape 6 : Arrivée à Qaanaaq (9 septembre 2015)


Qaanaaq, Inglefield Bredning, 77°28' N. Voir le Arina Arctica au mouillage, dernier cargo de ravitaillement avant l'hiver (photo Peter Gallinelli)

Qaanaaq(*), le 9 septembre, arrivée à destination au terme de la 6ème et dernière étape de ce grand premier chapitre, lieu imaginé et revé depuis longtemps. D'y être nous semble encore irréel. Nanuq tire sur son ancre dans son mouillage à quelques encablures du village, à l'abri des glaces, mais pas du vent glacial qui descend de l'inlandsis (***). Nous vivons notre première neige fraîche sur le pont. Malgré que nous ne chauffons pas il fait agréablement chaud et bon vivre dans notre 'iglou passif'.

Au compteur 4700 milles nautiques (~7500 km). Ces milles n'ont rien à voir avec le déplacement en avion devenu l'outil standard pour zapper d'un lieu à un autre. Nous avons négocié chaque vague, profité de chaque brise, contourné de nombreux caps et aperçu des milliers de points de vues uniques sur de multiples pays. Nous avons eu nos moments d'attente, de doute et de fatigue, de plaisir et d'émerveillement, de découverte et de rencontre, de partage et d'union dans l'équipage qui a conduit par sa force, persévérance et volonté notre voilier sur cette incroyable route ... à la vitesse moyenne du marcheur pedestre.

Nous tournons une page. Et ouvrons un nouveau chapitre.

L'automne sera consacré à l'installation du camp d'hiver: préparation du bateau, installation des éoliennes et des instruments de mesures. Les journées iront en se raccourcissant et laissant place aux premières chutes de neige,tempêtes d'automne et embâcle. Les derniers équipiers d'été quitteront le bateau une fois la banquise formée courant novembre...

A suivre.

(*) Nouveau Thulé en français

Mouillages:

Fan Gletscher 77°32.5N 69°54.8W : mouillage à l'W du delta d'alluvions de Fan Gletscher, face à Herbert Oe. Mouillage d'excellente tenue par 7m fond de sable. Ouvert au S.

(***) Qaanaaq 77°27.9N 69°16.6W : mouillage par 5m fond de très bonne tenue à 5-6 encablures à l'W du village. Protégé par des hauts-fonds rocheux découvrant à basse mer qui forment un semblant de baie naturelle à l'abri de la glace en dérive. La passe d'entrée passe précisément par le point 77°27.8N 69°17.0W en venant droit du S, profondeur 2.0 - 2.5m à basse mer; la profondeur dans la baie est d'environ 5m. Aucune protection du vent. Pas de protection du clapot à PM. Débarquement en annexe parmi les rochers et la plage - idéalement entre mi-marée et pleine mer. Ne ratez pas une visite à Qaanaaq Hotel. Le mouillage des barques devant le village ne convient pas à un voilier (0.5 à 1m de profondeur à basse mer).

 


Etape 6 : Le village le plus septentrional du monde (8 septembre 2015)


Baie de Melville (photo Peter Gallinelli)

La traversée de la baie de Melville et la remontée vers la région de Qaanaaq a été rapide, à moitié à la voile, à moitié au moteur car une fois de plus le calme et un ciel inperturbablement clair nous accompagnent. Les journées sont encore continues, et bien que le soleil se couche pour quelques heures, il y règne un crépuscule rendant l'utilisation de l'éclairage inutile. Mais ce n'est qu'un sursis.

Nos compas de route commencent à perdre le nord ... la proximité du pôle magnetique les désoriente et ils ne sont plus toujours d'accord entre eux. Quand la mer est houleuse il leur faut du temps pour se stabiliser. La déclinaison magnétique est d'environ 60°. Le compas qui est l'instrument de base de la navigation hors de vue des côtes touche ici à ses limites.


Siorapaluk, le village le plus septentrional du monde (77°47'N) et sa plage de sable fin, Robertson Fjord (photo Peter Gallinelli)

Nous revenons à présent de Siorapaluq, village le plus septentrional du monde. Les discussions avec les habitants sont intéressantes et riches en informations, car parmi les quelques possibilités identifiées au préalable à l'aide des cartes et des photos satellites, il s'agit désormais de constituer notre connaissance locale et de visiter les lieux en vue d'élire notre camp d'hiver qui réunira le plus de qualités possibles: en priorité protection de la mer et de la glace, ensuite accessibilité, lac ou cours d'eau fraiche, proximité d'un village ... et finalement pas trop encaissé pour profiter du vent pour nos éoliennes. La cerise sur le gâteau serait un dégagement au S pour profiter du premier (et dernier) soleil!

La fin de l'été est manifeste. Les cours d'eau gèlent, nous grattons la première glace sur le pont. Le lieu d'hivernage n'est pas encore déterminé car les mouillages sûrs se font rares dans la région...


Marche dans la toundra, Robertson Fjord, torrent gelé : été inden au Groenland (photos Peter Gallinelli)

 

Mouillages:

Qeqertarssuaq 77°25.4N 70°14.0W : mouillage par 5m fond de sable de bonne tenue dans une baie ouverte au NW (viser un spot parmi les algues). Donner un large tour à l'W des ilots qui ferment la baie au N pour éviter les hauts fonds dans le prolongement des ilots. Ne pas pénétrer dans la baie au-dela de l'ilot W: barre de rochers isolés! Le fond de la baie assèche à basse mer de grande marée. Le village se trouve à 1.5km à l'E du mouillage. Nombreuses ruines le long de la côte.

Barden Bugt 77°08.7N 70°43.1W : mouillage par 15m fond sable et limon d'excellente tenue à 80 m de la plage au fond du fjord derrière une moraine terminale, protégé toutes directions. Attention aux hauts fonds au pied des moraines (5m), et à proximité du Kap Powlett. Restes de village abandonné le long de la côte N du fjord. Environnement minéral et glaciaire. La nuit une brise froide descend du glacier. Potentiellement un mouillage d'hiver - à tester par gros temps du secteur W (houle de travers inconfortable ?) Merci aux images worldwind !

Info:

Le graphique suivant montre les longueurs de jours au fil de l'année pour 75° de latitude nord:


Graphe des durées de jour : axe horizontal = numéro du jour; axe vertical = nombre d'heures. Définition des jours civil, nautique, astro, voir... (clic = zoom)

 


Etape 6 : La route arctique (2 septembre 2015)

Ce matin les sommets des montagnes sont couverts de giboulés et de givre. La prévision météo pour la Baie de Melville annonce -5°C. Upernavik est au Sud. De plus en plus, le manteau rocheux apparait à l'état brut, vierge de toute vie. Notre route continue sans perturbation. Nous sommes étonnés de la relative facilité d'avancement. Les bonnes conditions météo y sont pour quelque chose, bien que le manque de vent récurrent nous oblige de faire appel au moteur. Aussi, fin août-septembre correspond la période de moindre glace.


Approche de la côte au petit matin après une nuit de près en mer (photo Peter Gallinelli)

La région d'Upernavik se révèle riche en possibilités de grimpe et d'alpinisme. Des falaises granitiques massives alternent avec des vallons accueillants où abonde une flore colorée et chargée de baies sauvages. C'est de la prospection pour de futures expéditions - nous notons attentivement ce que nous voyons. Nous avons également commencé la prospection pour trouver notre mouillage d'hiver et si les emplacements sûrs et accessibles sont plutôt nombreux dans cette région, hélas, la glace y est tardive (embâcle décembre-janvier) et de faible épaisseur (20-40cm) ce qui limite son intérêt pour un hivernage: pas de glace équivaut à des déplacements difficiles car si on voyage aisément sur la banquise formée et solide, les périodes d'embâcle et de débâcle sont délicates, et tant que le bateau ne sera pas solidement pris dans la glace, nous serons exposés aux coups de vents et la banquise en dérive.

La remontée jusqu'au front de glace de Upernaviks Isfjord laisse entrevoir le recul spectaculaire des glaciers: nous pénétrons sur 20km d'un espace occupé par le glacier encore il y a deux décennies. Certains lacs ont simplement disparu. Le paysage est entièrement remodelé. Comme pour la plupart des glaciers du monde, la trace des surfaces nouvellement mis au jour témoigne d'une diminution massive et soudaine... Au pied du glacier nous trouvons un mouillage inespéré à quelques brasses d'une île apparue il y a peu de temps, sans doute sans nom (*). Les occasions de visite terrestre sont intéressantes et nous sommes impressionnés par la fabuleuse vitesse à laquelle la vie prend pied sur la roche et le limon.


Nanuq en train de se frayer un passage par Upernaviks Isfjord (extraits vidéo Kalle Schmidt)

Cette incursion devient aussi l'occasion de nous frotter à la première glace fraîche en nous frayant un passage pour traverser Isfjord qui mérite bien son nom. Le centimètre de glace vive éclate comme du verre brisé tandis que les plaques de 15 cm au pied des glaciers cèdent avec des craquements sourds. Nous découvrons le bateau dans son élément: l'étrave renforcée écarte facilement les plus gros blocs en glissant le long des bordés qui par la même occasion effectuent un carénage gratuit devenu plus que nécessaire. Les fusibles des safrans basculants fonctionnent à merveille en évitant un choc brutal avec la glace, dure comme du rocher.

Mais la prudence prime sur l'enthousiasme. Nous sommes sur le qui-vive face aux éléments qui ne pardonnent aucune erreur; la glace omniprésente demande de l'attention et les tempêtes d'automne débouleront un jour... il nous faudra des ressources et des solutions de repli fiables.

En parallèle le programme scientifique continue: à présent, deux bouées météo dérivent le long du courant du Labrador, une troisième sera larguée en Baie de Melville. Les absorbeurs de l'Université de Savoie s'impregnent des éléments alors que les prélèvements d'eau de mer pour le compte de l'Université de Brest sont effectuées tous les 3 à 4 jours. Si ces opérations sont aisés dans des conditions de laboratoire, leur mise en oeuvre par conditions de froid, de mer houleuse et dans un espace restreint demande de la rigueur et de l'organisation.

Ainsi, chaque jour apporte une nouveauté, une nouvelle rencontre, une nouvelle expérience, une nouvelle ambiance: inversément proportionnelle au nombre d'éléments qui le composent, la diversité de ce pays-continent est stupéfiante. C'est bien cette côte infiniment variée qui a donné naissance au nom par lequel nous appelons ce pays, et il est mérité ... autant que le nom donné par les habitants eux-mêmes, car c'est également le pays des hommes. Nous sommes à présent impatients de vivre une nouvelle saison... et de découvrir le pays sous une nouvelle facette.

Mouillages:

(*) Isfjord, île sans nom 72°48.2N 54°15.5W: 13m fond de limon, tenue correcte, mouillage de beau temps. Possibilité d'accès à la calotte glaciaire. Cadre exceptionnel au pied du front de glace.

Fjord sans nom 73°03.1N 55°09.6W : très bon mouillage protégé des vents et de la glace, fonds de vase / sable de bonne tenue (quelques algues évitables). Situation encaissée. Le fond du fjord est accessible à PM avec connaissance locale (gros rochers dans la passe - repérage en annexe recommandée), potentiellement un mouillage tout temps / toute saison. Cours d'eau à proximité au fond de la baie sur le flanc exposé au S / restes d'un campement d'été de pêcheurs. La grande cascade au N n'existe plus.

Appilattoq village 72°52.3N 55°34.2W : excellent petit port naturel utilisé par les pêcheurs locaux. Mouillage de tenue correcte par 13m de fond (fonds dans la baie entre 6 et 18m). Passe d'entrée dans l'axe 8m de fond. Attentien aux rochers isolés à proximité et dans la passe de l'ariière-port. Lac d'eau douce à 15' à pied. Distance au village habité ~2km - marche facile. Réseau GSM.

Mouillage Atiligssuaq Sud 72°46.9N 55°51.4W : petite crique perpendiculaire à l'axe du fjord. Bien protégé du vent. Fond de sable (tenue non vérifiée) : mouiller par 12-15 m de fond et frapper 2 aussières AR sur les rochers de la côte.

Baie au S de Umiasugssuk 72°45.8N 55°53.9W : mouillage sur fond de sable et de blocs, bonne tenue, au pied d'une petite plage au S de l'isthme rocheux qui ferme la baie. Montagnes et falaises de part et d'autre, belles escalades en perspective, cascades, dernière neige au niveau de la mer (fin août). Assez visité. Eviter les pieds des falaises: cutes de pierres!!

Village de Nutaamiut 73°31.1N 56°25.1W : village marqué abandonné sur la carte nautique, mais habité avec infrastructures neuves (pècherie, antenne GSM, maisons). Mouillage par 6-7m fond sable et blocs de bonne tenue dans l'axe du relais GSM (50m au S de la chapelle). Pas de quai, mais un rocher accore protégé par des pneus au pied de la grue au S du village, exposé aux petits bergs, mais la faible profondeur protège raisonnablement.

 

 
 

 

peter.gallinelli & all - novembre 2015