FR | EN

 

 ETAPE 5 : 650 milles : équipage 8 : 16 jours

Narsarssuaq - Sisimiut : Etape précédente << Index >> Prochaine étape : Upernavik - Qaanaaq

Source fond : Atlas du Canada - La région circumpolaire Nord - atlas.gc.ca

Etape 5 : En route pour Upernavik (25 août 2015)

Nous voici à Upernavik à 73°N. Après une longue absence en raison de difficultés de connexion à Internet, voici enfin des nouvelles. Nous en avons profité pour agrémeter d'anciens articles avec un peu de documentation. Bonne lecture!

Après l'agitation citadine d'Ilulissat, nous sommes transportés hors du temps à Sarqaq(*), village paisible à une centaine de km au N de la capitale touristique et qui abrite le jardin arctique de Hanibal Fencker: une serre chaude avec une végétation luxuriante telle que nous ne l'avons plus vue depuis longtemps. Un parfum de nostalgie d'une douceur de vivre lointaine s'en dégage. Le contraste avec le fjord dans lequel s'accumulent les icebergs géants est saisissant... Le soir, surprise : c'est la fête du village. Musique et feux d'artifices sont au programme jusque tard dans la nuit. L'ambiance à bord est également festive ce samedi soir!


Village de Sarsaq avec ses chiens et ses icebergs qui craquent. Le jardin arctique de Hanibal Fencker à Sarsaq (photos Peter Gallinelli)


A Saqaq, comme ailleurs, les citernes à fuel, exposés sans complexe, montrent l'importance centrale du pétrole pour le mode de vie occidental (photo Peter Gallinelli)

Le lendemain nous continuons notre route : en avant! Le Vaigat est un passage austère et sans abri long de 60 milles et large de 10 (dimensions comparatives du Léman : longueur 30 milles, largeur 5 milles). Il sépare l'île de Disco de la presque-île de Nugssuaq au N, toutes deux grandioses par l'étendue de leurs vallées désertiques et leurs sommets enneigés 2000 mètres plus hauts. Une invitation à y passer du temps - à pied. Il faudra sans doûte une semaine pour les traverser; une vallée interminable nous y invite... il faudra revenir!

Les prêtres de Sarqaq nous ont prédit du temps ensoleillé. Ils ont eu raison. Nous découvrons un pays d'après-saison. Le soleil est de plus en plus bas et le phénomène est encore accentué par notre progression vers le Nord. Chaque jour nous fait gagner un degré en latitude ce qui équivaut à un degré de hauteur en moins pour le soleil. La végétation devenue spartiate a changé de couleur et se prépare à un hiver long et froid. A l'exception des oiseaux pélagiques et la vie sous-marine, le pays semble désert. Il y règne une atmosphère silencieuse et mélancolique. Réalité ou imagination? La perspective d'approcher un hiver long et froid accentue sans doute cette impression.


Saison des bolets en arctique. Le village de Niaqornat (photos Peter Gallinelli)

Après une nuit passée au mouillage d'attente au S de Nugsuata(**), nous repartons pour Niaqornat(***), le 'Village au bord du monde', construit sur un isthme, avec son mouillage symboliquement protégé des rigueurs de l'Ouest par des icebergs échoués. C'est un lieu à mi-chemin entre montagne aride et mer sauvage. Un lieu où le temps s'écoule à une vitesse contemplative. Nous nous asseyons sur le minuscule quai de déchargement et respirons le présent, en nous impregnant d'un temps hors du monde. Sur la plage un père lance des ricochets avec ses enfants - ce jeu est universel.

La seule personne au village qui parle anglais nous dépanne pour le fichier météo. L'accès au 'monde' existe dans tous les lieux habités du Groenland. Par conséquent, pour savoir si un village est habité ou non, le mieux est de consulter les cartes de couverture du réseau mobile éditées par l'opérateur téléphonique groenlandais! L'avenir passe par là. L'exode 'rural' est marqué et plus d'une fois nous nous trouvons face à des villages fantômes là où nous pensions rencontrer des personnes.


Extrait de carte de couverture GSM. Souvent il y a de la 2G, voire 3G (extrait carte © TELE-Greenland)

Une traversée rapide au large des fjords d'Ummanaq nous approche enfin de la région découpée d'Upernavik que nous explorons à présent (****) ... des bolets coupés en tranches sèchent sur la table à cartes et remplacent temporairement les cartes de navigation. Nous franchissons le 70ème parallèle N.

[...]

Mouillages:

(*) Sarqaq : 70°00'N 51°57'W, bon mouillage devant le village protégé du S par une île et un haut fond. Mouillage dans 5-10 mètres fond sable d'excellente tenue. Fuel à quai (automate). Petit magasin. Nosy-Bé a hiverné ici en 1996. Bien cartographié.

(**) Mouillage temporaire au S de Nugsuata : 70°40'N 54°34'W. Bien protégé des vents du secteur NW à SE en passant par le N. Ouvert à la mer du S au W. Tenue correcte par 11m de fond gravier et algues au pied d'une plage de galets près de la falaise. Origine volcanique. Vallons magnifiques avec bolets et baies. Quelques tombeaux inuits.

(***) Niaqornat : 70°47'N 54°34'W, le mouillage est situé du coté W de l'isthme. Mouillage correct par temps calme dans env. 15m de fond à 50m de la plage. Beau village installé sur un isthme avec un petit magasin et des belles ballades dans les environs. Le mouillage est ouvert au NW et seulement protégé par des gros icebergs échoués qui protègent quelque peu la plage.

(****) Mouillage au S d'une moraine glaciaire à l'entrée W du fjord Amitsup Suvdlua : 71°49'N 55°24'W. Bonne tenue dans 10m d'eau, au pied d'une cabane de chasseurs abandonnée. La moraine ne figure pas sur la carte, mais se voit sur les photos satellite. Point de départ à des randos faciles dans les montagnes environnantes. Ruine de maison de tourbe et de campement tipi.

 


Etape 5 : Sisimiut et la route de Sila [1] (19 août 2015)

Depuis le temps que nous cabotons le long de la côte groenlandaise, la voile aventureuse et glaciaire s'est transformée en une opportunité de visite terrestre sans égal. Si la navigation le long de la côte demande de l'attention et de la précision, elle n'est pas moins confortable, souvent abritée, et chaque jour est ponctué d'une visite à terre.

Aujourd'hui, après une recherche infructueuse d'un mouillage, nous accostons un minuscule quai devant un village d'une vingtaine de maisons; Ikerasarsuq(*). Il ne faut pas 5 minutes pour que Stephen, l'instituteur du village, vienne à notre rencontre pour nous inviter à un café matinal. Il nous demande de parler de nous et du pourquoi de notre présence ici aux 20 élèves et habitants du village. Nous passerons une bonne partie de la journée en compagnie de nos hôtes et sommes touchés par le sourire et l'enthousiasme des enfants, l'accueil spontané et cordial des gens du village. Sur ce lieu plane un esprit bienveillant de jeunesse, de vie et de concorde. La jeune institutrice groenlandaise qui prendra la relève à la rentrée nous remerciera pour la visite. Nous la remercions pour l'accueil chaleureux avant de larguer les amarres pour continuer notre route vers le Nord. Nous ferons tout pour y repasser, c'est promis.


Nanuq au pied d'un iceberg dans la baie de Disko, au large de Ililissat : classique (photo Stéphanie Piffeteau)

Car notre aventure interpelle à chaque escale. Notre voilier qui ne ressemble à rien de connu y est certainement pour quelque chose. Ce sont des occasions de partage d'idées et d'en apprendre les uns sur les autres. Ainsi, Martin, notre contact à Sisimiut s'avère être chercheur en physique du bâtiment à l'université technique danoise qui y entretient une antenne. Son domaine: ventilation et isolation thermique dans les climats arctiques, des sujets qui ne me sont pas étrangers. Voici une opportunité exceptionnelle.

Il nous ouvre les portes de son laboratoire, et par la même occasion de ses ateliers - car il nous faut encore fabriquer le mat de l'éolienne - et nous fait visiter les deux prototypes de bâtiments passifs. En retour, nous organisons une conférence et visite à bord pour les étudiants du camp d'été: ingénieurs en génie civil, sciences de l'environnement, géographie, architectes... histoire à suivre, nous restons en contact; les premiers résultats de notre expédition sont attendus avec beaucoup d'intérêt.


Peter expliquant le 'passive igloo' aux étudiants de l'université technique danoise et aux enfant d'un village au Groenland (photos Lisa Gallinelli, Kalle Schmidt)

Après Quequertarsuaq, bourgade installée sur les flancs Sud basaltiques de l'île de Disko, nous faisons escale à Ilulissat avec son port encombré de pêcheurs pressés et de glaçons, ville agitée aux allures d'un Chamonix du Groenland. C'est commode et moyennant un peu de patience on y trouve quasiment tout, au prix fort évidemment. Cette escale nous permettra de parfaire notre préparation. Mais plus important, le hasard nous fait amarrer à couple de Vagabond (lien). Eric et France nous donnent de précieux conseils et informations sur la région que nous envisageons pour notre expédition hivernale


Vagabond et Nanuq (Nanuq et Vagabond à droite) à couple dans le port d'Ilulissat - août 2015 (photos Peter Gallinelli / Kalle Schmidt)

Pendant ce temps leurs 2 filles sont ravies de passer la journée en compagnie de nos jeunes navigateurs. Plus tard, les douanes se présentent à bord, inquiets de voir notre stock de nourriture pour chiens empilé sur le pont: pour préserver la lignée groenlandaise l'importation de chiens est strictement contrôlée; tout animal venant d'ailleurs doit être castré!

La journée passe trop vite entre avitaillements et visites de la ville et des trois voiliers d'expédition à quai: Vagabond(*), Atka(**) et Nanuq(***) - tous les trois regorgent d'idées et de détails inhabituels, ce sont des laboratoires d'innovation flottants. A 22 UTC. En partant, un ouvrier de la pêcherie nous offre un grand sac de crevettes groenlandaises ... elles sont délicieuses et les 15kg de marchandise marqueront nos repas matin, midi et soir durant les jours suivants.

Aaprès une grosse journée à arpenter rues et escaliers, nous larguons les amarres pour quitter le bruit et l'agitation de la ville et laissons Ilulissat derrière nous dans le brouillard et le sillage ... devant l'étrave, des glaces, des terres inhabitées et une nature intacte et omniprésente. A partir d'ici les cartes de navigation détaillées laissent la place à des plans succincts et schématiques. De plus en plus nous ne pouvons compter que sur nos propres ressources et notre capacité à être indépendants.

Histoire à suivre!

[1] Sila (définition de l'ouvrage 'Tupilak', édition Tinok) : Sila est un concept qui représente l'ordre du monde lui meme, soit du cosmos. Silak contrôle tout, des marées à la vie humaine. C'est une force particulière qui ne peut être expliquée en quelques mots [...] : c'est un esprit puissant, celui qui sauvegarde l'univers, le temps, toute la vie terrestre. Il est tellement formidable qu'il ne parle pas aux hommes avec des mots ordinaires, mais par l'intermédiaire des tempêtes, de la chute de neige, des averses et du déchainement de la mer, soit toutes les forces que les hommes redoutent ou bien par l'intermédiaire du soleil, du calme de la mer ou des petits enfants jouant innocemment sans rien comprendre. Sila est aussi la raison [...]. Quand les choses vont bien, Sila ne se fait pas entendre et disparait dans son néant infini tant que les hommes n'abusent pas de la vie et respectent leur nourriture quotidienne. Personne n'a jamais vu Sila et l'endroit où il se trouve est si mystérieux qu'il peut être ici et infiniment loin en même temps.

(*) reste Vagabond...
(**) Périple 50
(***) Intégral 60

Mouillages:

() Sydbay : 67°13'N 53°53'W. Contrairement aux instructions du guide Imray, le mouillage au N est de tenue insuffisante pour un vent du S de 20 noeuds (algues abondantes), les profondeurs importantes. Nous décidons de mouiller proche de l'île de Ukivik dans 12m fond de sable de très bonne tenue. La visite de l'île est à recommander: la vue depuis le phare est belle et la maison en tourbe encore en bon état à coté de la cabane des chasseurs en vaut la peine.

(*) Ikerasarsuq : 68°08'N 53°27'W. Fonds non-adaptés au mouillage (profonds, rocheux), mais il y a un petit quai adapté à un accostage temporaire. Le village se trouve à l'écart de la 'route touristique'.

(**) Hunde Ejland : 68°52' 53°07'W. Village sur un archipel situé à l'entrée de la baie de Disko. Accès du petit port par le chenal N/S à l'E de l'archipel, puis viser le petit quai à l'W. Hauts fonds de 6m. Eviter les roches évidentes. Un village peu visité au milieu de nulle part. Particularité, la production d'eau potable par osmose inversée...

Joli mouillage à 5 milles au N de Ilulissat dans une petite crique entaillée dans la côte S de Bredebugt : 69°16'N 50°58'W. Bonne tenue sur fond de 6-8m au fond de la crique. Côte accore 5m. Largeur limitée; prévoir eventuellement des aussieres à terre.


 
 

 

peter.gallinelli & all - novembre 2015