FR | EN

 

 ETAPE 4: 630 milles : équipage 7 : 13 jours

Islande - Groenland : Etape précédente << Index >> Prochaine étape : Sisimiut - Upernavik

Source fond : Atlas du Canada - La région circumpolaire Nord - atlas.gc.ca

Etape 4 : La longue route du Nord - suite (14 août 2015 - update)

Le point nous indique 66°33' de latitude Nord : nous franchissons le cercle polaire arctique. L'évènement est dignement fêté. Aussi symbolique que l'équateur, ce passage nous fait basculer définitivement en arctique. Depuis quelques jours la verdure (toute relative) a progressivement laissé la place à un monde plus minéral, primaire, brut, inhospitalier. A présent, nous risquons de rencontrer Nanok, l'ours blanc, au détour d'une promenade. Nous sommes armés de feux à mains, mais devrons nous équiper d'une carabine à la prochaine escale.

Le cercle polaire arctique marque aussi la fin définitive de la culture agricole et le début des chiens de traineau, interdits plus au Sud. Nous trouvons le Groenland des chasseurs.


Nanuq mouillé dans un décor minéral somptueux, à quelques milles du cercle polaire arctique, voir *** (photo Peter Gallinelli)

La route est longue, mais nous avons du temps. Avec une moyenne journalière de 60 milles nous suivons presque un rythme de croisière. Ici le vent suit la côte. C'est simple: vent de face, vent arrière ou pas de vent. Un cocktail de conditions bien éloigné de l'idéal pour un voilier. Selon les conditions, nous choisissons de naviguer au large en tirant des bords de près ou de largue ou, quand le vent est en panne, en suivant la route intérieure par les innombrables îles, parfaitement abritée, mais nécessitant une attention à chaque instant pour ne pas s'égarer de l'étroite route qui évite hauts-fonds et écueils; souvent la côte est à distance de toucher.


Ruines d'une industrie d'une époque révolue, maison abandonnée, isolation en laine de verre d'il y a un demi-siècle (photos Peter Gallinelli)

L'escale à Nuuk se révèle intense et efficace et à quelques détails près, nous pouvons réunir les équipements manquants, à commencer par le 3ème tiers de notre stock de nourriture, grace à l'aide de l'équipe du principal importateur et grossiste de nourriture du Groenland à même du quai actif du port. C'est notre carburant humain, élément de base essentiel pour un hiver en autonomie!

Nous évitons les plats préparés et surgelés. L'essentiel est fait de nourriture de base, tels que riz, légumineux, farine, huile, beurre, sucre ... beurre de cacahouète, miel et confitures et un gros stock de pain Wasa. Nous comptons mettre du 'beurre dans les épinards' en pêchant, éventuellement en chassant... d'ailleurs nos premières prises sont exceptionnelles: 2 jours, 2 essais, 2 prises. Il faudra maintenant apprendre à varier les recettes!


Pèche du jour; que ceux qui n'aiment pas le poisson s'y tiennent bien. Décor alpin; neige au niveau zéro (photos Peter Gallinelli)

Dans peu de temps nous frapperons nos amarres sur le quai de Sisimiut. Une étape qui s'achève et le temps d'une nouvelle aventure qui commence avec un nouvel équipage. En effet, toutes les 2 semaines notre parcours passe par un lieu stratégique pour une escale technique, de ravitaillement en nourriture fraîche et permettant une recomposition aisée de notre équipage. Ces escales peuvent être ralliées en navire ou en avion. Si l'équipe de base suit l'intégralité du parcours, cette possibilité ouvre des opportuntés d'embarquement à de nombreuses de personnes pour une étape. Ainsi, la géométrie de notre équipage change à chaque escale, occasion de nouvelles rencontres et une belle manière de partager une aventure.

Le temps de nous équiper d'une arme en prévision d'une rencontre avec Nanoq, l'ours blanc que nous côtoyerons dans le nord et de la tester sur le champ de tir communal, et nous voici repartis. Ainsi Sisimiut marque la fin d'une étape et le début d'une nouvelle: neige fraîche à 500 mètres d'altitude, il fait 5°C sur le pont. C'est l'été!

Mouillages:

(*) Dans le coin N de la baie de Tovkussaq : 64°52.8'N 52°11.8'W. Fond de bonne tenue 5-10m. Cascade pour faire le plein d'eau à l'W. Il y a un taquet d'amarrage pour une aussière à terre.

(**) Dans le coin NNE de la baie de Tasuissaq : 65°34.8'N 52°46.2'W fond bonne tenue, env 10m. Très belle rando sur l'arrête de roches arrondies avec une vue spectaculaire vers l'W. A proximité de Manitsoq. Belles possibilités en montagne (très alpin).

(***) Iserkuq (fjord). Plusieurs mouillages, dont 'Jak's Bay' : 66°07.4'N 53°36.4'W. Fond bonne tenue 18m vers le S de la baie. Petite cascade avec petit anneau métallique pour aussière à terre. Paysage très austère et minéral.

 


Etape 4 : La longue route du Nord (6 août 2015)

A peine largué les amarres du quai de Narssasuaq, Nanuq taille sa route, d'abord plein Ouest pour quitter la douceur estivale des fjords du SW, ensuite en longeant la côte qui s'infléchit au NW en passant par la route intérieure, tant que le vent nous fait défaut. L'équipage redécouvre la houle à l'approche de la mer ouverte.

Prochaine escale, Paamiut: ville de 1600 âmes en déconstruction de ses immeubles implantés dans les années 60, obsolèts, truffés d'amiante, garantie d'une misère humaine assurée. Comme dans d'autres parties du monde, le modèle standard de la modernité et du logement industriel fait des ravages.


Paamiut - immeubles dignes d'une urbanisation d'après-guerre bâclée importée d'Europe (photo Kalle Schmidt)

Le temps de refaire quelques vivres fraîches et 2 heures plus tard nous repartons. Le Nord est notre objectif! A la tombée du jour nous mouillons au pied d'un village d'une dizaine de maisons, confiant de rencontrer des villageois. Notre déception sera grande de constater qu'il s'agit d'un village fantôme. Quelle catastrophe a pu faire partir ces gens? Un monstre, un massacre? Jadis vivant avec une pêcherie, une église, des infrastructures et un système radio il ne reste que rouille et ruine. Les portes de quelques maisons sont ouvertes. Nous découvrons des intérieurs abandonnés à la hâte jusqu'au contenu du garde-manger et la brosse à dents... Ici le temps fait son travail. Il se débarrasse efficacement des anciens avant de démonter pièce par pièce l'oeuvre des hommes. Les jeunes n'habitent plus ici. Un proverbe Inuit rappelle de façon poignante 'Siku Silalu kisimik naalagaapput' : 'Seuls la glace et le temps sont maîtres'.

Départ matinal dans une brume épaisse. En voyant à peine plus loin que l'étrave du bateau nous nous tâtons prudemment au radar et au sondeur. Chaque jour notre estime grandit pour les navigateurs d'antan qui s'aventuraient dans ces eaux sans cartes, sans prévision météo, sans instruments de pointe, mais qui possédaient sans doute une expérience et une connaissance dont nous avons oublié l'existence et une arme dont nous avons perdu l'usage: le temps. Le temps d'attendre des conditions favorables. Seulement une fraction de ce savoir est résumé dans les instructions nautiques.

Ce brouillard se transformera progressivement en brume lumineuse baignée par le soleil. Nous progressons sur une mer d'huile qui se confond avec le bleu clair du ciel. Notre monde de la taille d'une encablure (~200m) semble statique, le temps arrêté. Rochers et hauts fonds surgissent comme par magie à proximité du bateau, tels que prévu par les cartes et les instruments. Nous mouillons l'ancre sur un fond de sable au milieu de nulle part. Nous nous découvrons au pied de Sioqquap Sermia, une plage à perte de vue au pied de l'immense front de glace de l'inlandsis groenlandais qui nourrit ce delta d'alluvions et de sables.


Le Sioraq - du sable à perte de vue (photo Peter Gallinelli)

Quelques timides pas à terre nous feront prendre la mesure de l'immensité de l'endroit et en même temps de notre petitesse et vulnérabilité dans ce monde à la fois hostile et d'une beauté à couper le souffle...

Enfin, une connexion à Nuuk au SjömandsHjem. Aussi des douches chaudes et une laverie. Un lieu à recommander. Escale technique, il nous faut réunir les derniers avitaillements! Des nouvelles pour bientôt ...

Mouillages:

(*) Siorak : 62 28.8'N 50 19.0'W. Mouillage sur fond de sable à l'abri des îlots. Possibilité de débarquement pour une brève visite des sables. La route intérieure est exposée à une mer déferlante en cas de houle ou vent du large. Difficile à suivre car manquant de repères. Les cartes sont peu précises et décaleés par rapport à la position GPS ... prudence.

 

 
 

 

peter.gallinelli & all - novembre 2015