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 ETAPE 3 : 1060 milles : équipage 11 : 16 jours

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Source fond : Atlas du Canada - La région circumpolaire Nord - atlas.gc.ca

Etape 3 : Le Sud-Ouest (6 août 2015)

Après 6 jours de mer, changement de style radical: pendant 10 jours consécutifs notre bateau se transforme en refuge de montagne itinérant, ralliant de multiples points de départ à des randonnées alpines aventureuses sur des terres sauvages et contrastées tantôt verdoyantes, tantôt rocheuses ou glaciaires de la région qui fut la terre d'accueil d'Eric Le Rouge et d'une culture agricole voici ... un millénaire.

Notre carte topographique couvre un territoire grand comme la Suisse. Les possibilités alpines sont pratiquement inépuisables à un point de décourager même le montagnard passionné à gravir tous les sommets: le plus difficile étant de choisir où commencer, le proverbe 'choisir c'est renoncer' prend toute sa dimension. C'est du terrain d'aventure: il n'y pas de sentier et les cartes sont sommaires. Ce qui apparaît comme une promenade se révèle un terrain avec de nombreux obstacles, souvent infranchissables, nécessitant une bonne connaissance de terrain, de l'endurance et de l'autonomie.


Nanuq au mouillage dans Stephensens Havn (photo Peter Gallinelli)

Les nuits, souvent claires, nous donnent l'occasion d'un givre nocturne sur notre igloo et d'une pellicule de glace neuve sur l'eau du fond des fjords: l'eau de fonte, non saline, flotte à la surface de l'eau de mer, plus dense, et gèle facilement. A ces moments nous apprécions particulièrement le confort de l'isolation parfaite de notre igloo. Par ailleurs, les eaux éloignées de quelques milles d'un apport d'eau de fonte glaciaire est déjà à +10°C, proche de celle que l'on peut trouver au nord de la Scandinavie. Ainsi, il est encore trop tôt pour entamer la roue de Compté qui attend au frais en fond de cale, acheté à la fromagerie dans le Jura au mois de juin.

Fin d'étape pour 4 de nos valeureux coéquipiers à l'aéroport de Narsarssuaq. Ce dimanche 2 août il y règne un calme surréaliste. Il y fait chaud et très sec. Une impression d'abandon et de fin de monde plane sur ce lieu qui s'appelle un peu prétentieusement le 'Hub du Groenland du Sud'.


Découverte au pied de la calotte glaciaire - Source chaude thermale avec 'dressing' - Temps pour bricoler (remarquez le soleil et le T-shirt) (photos Kalle Schmidt)

Le hasard nous fait rencontrer Agathe, française exilée, qui exploite avec Kalista, son mari groenlandais, une des 37 (!) exploitations agricoles du Groenland, toutes situées dans la région du Sud-Ouest (http://www.ipiutaq.gl). C'est un pays pour des gens qui possèdent la trempe pour vivre en autarcie et qui acceptent des longues périodes de solitude.

Si cette région possède certaines similitudes avec la Scandinavie, l'absence de l'homme est marquante. En contrepartie, les rares villages contrastent avec la pureté inviolée de la nature omniprésente. Ici s'accumulent mégots et machines abandonnées. La vidange des quelques utilitaires rouillés qui sillonnent la seule rue se fait à même le sol. Les égouts s'écoulent dans la mer à l'état brut et l'odeur de la décharge municipale se répère de loin. Tout semble être fait de bric et de brac tandis que les petites maisons colorées en bois d'importation danois dressés sur de solides socles en béton armé et les citernes de gasoil font office de déclaration de dépendance à la société 'moderne' qui semble encore plus décalée en contraste avec le décor...

Mouillages:

(*) Qaleragdit Ima : 60°59.4'N 46°40.4'W. Mouillage au pied d'un camp de touriste temporaire, cependant peu gênant. Belle vue sur la calotte. Bonne tenue par 15m fond de sable et limon. D'autres mouillages plus près du fonds du glacier sont possibles sur la rive droite du fjord. PS: le pied du glacier, peu actif, est 2M au N de la carte.

(**) Petite baie profondement encaissée parfaitement protégée : 61°00.1'N 46°34.9,W. Mouillage par 10-15 de fond. Accès à la baie par l'E: passe d'accès très étroite, 4m de fond à pleine mer. Rester au milieu de la passe et veiller aux hauts-fonds qui débordent des deux cotés.

(***) Ipiutaq : mouillage au pied d'une ferme d'élevage de mouton sur la rive N du fjord qui mène à Narsarssuaq : 60°58.3'N 45°42.7'W.Fond bonne tenue, petit embarcadère, profondeur 25m au milieu, remontant à 5m près du bord. Prendre rendez-vous avec Agathe pour organiser un repas culinaire (http://www.ipiutaq.gl).

 


Etape 3 : Atterrissage au Groenland (25 juillet 2015)

Il est 7h du matin UTC - terre en vue ! La glace racle le long des bordés renforcés de notre coque. Impression du moment: à tour de rôle chaque équipier qui se réveille pousse un cri de joie! Un spectacle splendide se dévoile sous nos yeux. Nous voici au pied d'un monde où la mer et la montagne se rejoignent - le rêve absolu de tout montagnard-navigateur.


Atterrissage sur la côte Est du Groenland, elle s'avèrera hélas inaccessible (photo Kalle Schmidt)

Si les 600 milles nautiques de traversée ont été avalés en trois jours, nous passons deux jours à essayer de nous frayer un passage à travers la ceinture de glace pour joindre la terre. Elle s'offre furtivement à notre vue, à la manière d'un mirage. Car le reste du temps il règne un brouillard dense et la visibilité est réduite à une centaine de mètres. Dans ces conditions le radar et le compas sont des alliés sans prix. L'eau est à 1.5°C et l'air saturé en 'humidité suit de près - ça nous change des conditions estivales Islandaises (10°C).


Débarquement sur la banquise; au loin notre compagnon de route, Nanuq (photo Peter Gallinelli)

Ainsi va notre 6ème jour de mer: par moments nous progressons au pas en poussant les morceaux de glace par l'étrave renforcée de notre bateau tout en veillant de ne pas toucher safrans ou hélice. Le calme plat et l'absence de mouvement donnent une impression d'apesanteur. Le temps est figé. Le ciel et la mer se confondent. Quelques phoques qui se reposent sur les floes nous observent d'un oeil curieux, hésitent de faire durer la sieste ou de plonger ... ne sait-on jamais. Ces conditions sont idéales pour une première visite du 'sol' groenlandais en embarquant sur un floe.

CLIC = ZOOM

Navigation autour du Kap Farvel - encore beaucoup de glace cette année (photos Peter Gallinelli, Alain Berthoud)
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A 60° de latitude Nord la nuit dure 4 heures et nous oblige de mettre à la cape en attendant l'aube car il serait imprudent de s'aventurer dans la glace sans visibilité. Les quarts de veille continuent en dérivant au gré du courant qui longe la côte pour guetter la glace qui peut apparaître à à tout moment.

Depuis la plage arrière du bateau nous larguons la première bouée météo embarquée à Reykjavik pour le compte de Météo-France. Ces équipements de pointe qui intègrent de nombreuses sondes physiques participent à une connaissance sans précédent de notre environnement, dont les mécanismes qui influencent le climat ou pragmatiquement les prévisions météo qui rendent la navigation plus sûre que jamais, en particulier sur des unités de petite taille, telle que la nôtre (voir science...).


Larguage d'une bouée météo dérivante SVP 59°48'N 42°05W | Navigation au RADAR : floes sur tribord et à iceberg, bien visible à droite (photos Alain Berthoud, Peter Gallinelli)

Encore quelques milles pour nous faufiler dans le premier mouillage et nous mettrons enfin pied sur le sol groenlandais. Le pavillon de courtoisie flotte sous la barre de flèche tribord depuis ce matin. Prochaine escale Nanortalik pour un ravitaillement en nourriture et, avec un peu de chance, un web-café pour poster les News!


Etape 3 : Traversée vers le Groenland (22 juillet 2015)

600 milles nautiques (1100 km) séparent l'Islande du Sud-Est du Groenland. Nous partons sur des conditions musclées: 30 noeuds annoncées qui souffleront finalement en 35 à 40 noeuds, un bon coup de vent de Nord. Au 3ème ris et sous trinquette Nanuq trace constamment sa route sur une mer formée. Occasionnellement un paquet de mer arrose copieusement l'équipe de quart qui barre et veille dehors. Malgré quatre équipiers atteints d'un mal de mer passager, c'est loin d'être du gros temps, mais plutôt un magnifique jeu entre les vagues dont bon nombre dépassent la hauteur du bateau (3-4m). Nous sommes rassurés de voir à quel point un bateau flotte bien! Alors que le vent siffle dans le gréement, la cabine de Nanuq est un havre de paix.


Mer et ciel - coup de vent au SE de l'Islande (photo Peter Gallinelli)

En quittant l'Islande nous installons les capteurs de PCB atmosphérique et aquatique qui nous ont été expédiés à Reykjavik. Les dosages se font à l'aide absorbeurs passifs pour le compte du LCME de l'Université Savoie Mont-Blanc. Ils serviront à préciser le rôle de l'océan vis à vis de ces micropolluants organiques persistants : source ou puits de PCB atmosphériques? (voir science...)

Mise en oeuvre d'appareils de mesure de PCB, Islande 64°02'N 22°58'W (photos Alain Berthoud)

Comme prévu, le vent et ciel bas laissent la place à un temps calme, presque trop, car nous mettons en route le Diesel pour nous affranchir d'une zone anticyclonique ensoleillée qui nous offre des petites brises à peine exploitables et une mer d'huile. L'horizon semble sans limite. Nous sommes réduits à un point infime au milieu d'un univers infini. Cependant, à bord de ce point infime s'organise une vie agréable, coupée du monde et du temps - régulièrement l'un ou l'autre réalise d'en avoir perdu la notion. Sommes-nous le matin, le soir? Quel jour sommes-nous? Aujourd'hui est le 3ème jour de notre traversée. Les quarts se suivent selon un rythme parfait entre sommeil, lectures, dessin, écriture, composition, musique, repas communs, pain frais, salade et havregryn (flocons d'avoine), discussions, bricolages ... et barre.

Car, si barrer suppose de rester dehors par tout temps, il y a aussi des récompenses: Nanuq est régulièrement accompagné de dauphins et de grands mammifères marins, encore trop furtifs pour être identifiés, vraisemblablement des baleines à bosse, immenses et intriguées de voir passer un voilier par là.

La terre est à 100 milles; plus que tout, l'équipage est à présent impatient d'apercevoir les premiers sommets glaciaires du Groenland... à suivre!


Etape 3 : Départ pour le Groenland (19 juillet 2015)

Le nouvel équipage est à bord et profite d'une dernière visite de la piscine municipale: eau chaude à volonté! Les paquets avec les équipements scientifiques sont arrivés et les bouées météo embarquées. Le programme peut enfin commencer.


Imram et Nanuq réunis en Islande (photo Kalle Schmidt) - bateaux de passage et nouveaux amis au port de Reykjavik (photo Victor Guillot)

Rencontre épique avec notre ancien compagnon de route, Imram (photo de gauche). Sous le pavillon de son nouveau capitaine, il attend l'arrivée de son équipage en Islande en prévision d'une visite de la côte Est du Groenland cet été (http://www.imram.fr). Occasion d'une visite et grand moment de nostalgie qui nous rappelle des années d'aventures passées (http://voyage.sailworks.net).

A présent nous voici à la pointe ouest de l'Islande, parés à larguer les amarres pour une traversée de plus de 500 milles où nous serons coupés du monde. Atterrissage sur la côte est du Groenland prévu dans 4 jours. A l'heure où j'écris ces lignes l'accès est encore interdit par la ceinture de glace qui dérive le long de la côte, charriant de la glace en provenance de la banquise polaire arctique.

Des nouvelles dans 3 semaines! A bientôt!

 
 

 

peter.gallinelli & all - novembre 2015